Ai Weiwei : combattant d’un régime liberticide

Publié le par Mélanie Giustino

     Connu principalement dans l’hexagone pour son activité politique, le dissident et artiste chinois Ai Weiwei se voit consacrer une exposition au Jeu de Paume, nous invitant à découvrir son œuvre, issue de son esprit emprunt de liberté.

 

     Né en 1957, Ai Weiwei connaît déjà la force et la brutalité de l’autorité chinoise par son père, le poète Ai Qung. Catalogué comme « ennemi du peuple », lui et sa famille seront exilés dans le Xinjiang, afin de procéder à la « rééducation » du père.

Avec une enfance qui aurait pu en décourager certains de se frotter au gouvernement, Ai Weiwei poursuivera des études de cinéma à Pékin tout en participant à des manifestations artistico-politiques. En 1981 il part pour les Etats-Unis, où se fera son apprentissage de la liberté sous toutes ses formes. Il s’y construira avant de revenir auprès de son père en 1993. Débutera alors réellement sa carrière d’artiste.

      La reconnaissance internationale se fera avec son œuvre « Sunflower seeds » au Tate Modern en 2010. Cette installation de plusieurs milliers de graines de tournesols étalés sur le sol du musée représentaient le peuple chinois, censé se tourner vers Mao, tels les tournesols suivant les mouvements du soleil.

 

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     Mais la répression intellectuelle et artistique de l’artiste débuta bien avant cela. En 1995 il débute sa première « Étude de la perspective », braquant un doigt d’honneur au centre de la photo, et en fond, un élément représentant le pouvoir. Le premier cliché aura la place Tian’anmen pour toile, lieu que l’artiste chérit et où, chaque 4 juin, il viendra se recueillir. Ce lieu sera également au cœur de l’un de ses plus célèbres clichés, « Juin 1994 ». Ce dernier, pris en quelques secondes, a Lu Qing en protagoniste, soulevant sa jupe tel Marilyn Monroe. De part et d’autre, le paysage n’est pas emprunt d’une si grande liberté : portrait de Mao contre la porte de la Paix Céleste, soldats en patrouille. Tout un symbole d’une autorité toujours présente mais que Ai Weiwei contrecarre une fois de plus.

 

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     Au travers de la nudité, l’artiste dérange. Invitant à le suivre dans cette mise à nu. Mais c’est surtout le gouvernement qui est visé, lui qui dissimule et qui n’a aucune limite. En 2008, alors que Pékin organise les Jeux Olympiques et que les manifestations pour les droits de l’Homme et la condition tibétaine fleurissent partout sur la planète, le Sichuan tremble, faisant près de 80 000 morts. Mais là encore, le bilan des autorités n’est pas clair. Ai Weiwei s’indigne. Qu’en est-t-il des enfants qui ont péri sous le gravas de leurs écoles ? Ces dernières ayant été construites de façon rudimentaire, vu qu’une majeure partie des fonds fut détournée pour servir d’autres intérêts.

 

   Il décide alors d’organiser un « mouvement civique », attirant 200 volontaires, permettant l’identification de 5 212 victimes. Les lettres au gouvernement sur ce black-out n’ont pas cessé parallèlement au travail des bénévoles. Ces derniers subiront le sort réservé aux « trop curieux » : harcèlement, emprisonnement. Ai Weiwei sera quant à lui enfermé dans un hôtel où les coups tomberont, lui causant une commotion cérébrale, qu’il se fera soigner de justesse en Allemagne.

 

     Voyant la force des réseaux sociaux et de sa parole sur la toile, la police fermera ses blogs.

 

   Cela amènera au 3 avril 2011, où l’artiste se fera arrêter à l’aéroport de Pékin alors qu’il s’apprête à se rendre à Hong-Kong. Cagoule noire vissée sur la tête, il sera emprisonné dans un lieu inconnu pendant 81 jours. Le 17 avril, une grande manifestation réclamant sa libération se tiendra à Hong-Kong. Les raisons de sa détention sont alors qu’il n’a « pas rempli correctement les procédures de départ ». Seront invoqués ensuite des soupçons de « fraude fiscale », de « pornographie » et de « bigamie ».

 

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     Durant ces 81 jours il sera dans un cachot, filmé et surveillé 24 heures sur 24. Chaque mouvement faisant entorse à sa position obligatoire devra être au préalable autorisé par les soldats. Un médecin venant l’ausculter chaque jour ainsi que les interrogatoires (50 au total) ne cesseront de rythmer sa détention. Risquant selon les policiers dix ans d’emprisonnement pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’état », il n’écopera pas de cette peine aux vues du mouvement de protestation que cette situation soulève.

 

      Libéré sous caution le 22 juin 2011 et inculpé officiellement pour « évasions fiscales », Ai Weiwei n’est pas libre de ses mouvements. Son nom est interdit sur internet et il a l’interdiction de quitter le territoire. Sa semi-liberté s’achèvera ce 22 juin, sur le papier tout du moins. Il n’en est rien de ce qu’il en sera dans les faits.

 

     Nommé en 2011 « la plus importante personnalité de l’art au monde » par le magazine Art Review, il va de paire avec la nomination du « Protester » par le Time cette même année.

 

     Dans ce mouvement de lutte pacifique, Ai Weiwei, tout comme le prix Nobel de la paix Liu Xiaobo, fait parti de ceux qui ne cesseront jamais de chercher la liberté ultime, l’intervention de l’humanité dans ce territoire au gouvernement oppressant.

 

Ai Weiwei : Entrelacs, jusqu’au 29 avril.


 Musée du Jeu de Paume, Paris.

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