Algérie : bien plus que des émeutes de la faim

Publié le par Mouhoub Anissa

         Parallèlement à la révolution tunisienne et au déclenchement du soulèvement égyptien, la jeunesse algérienne criait sa colère sur tous les écrans du monde. Une colère causée par la hausse des prix du sucre et de l’huile ? Pas seulement. Le fondateur et rédacteur en chef du site Algérie Focus, Fayçal Anseur, nous en dit plus.

15469_164693189707_37287619707_2616549_7446613_n.jpg

 

        Les revendications de la jeunesse algérienne se limitent-elles à la hausse du prix du sucre et de l'huile ou bien est-ce plus large ?
       
C'est effectivement ce que l'on peut lire un peu partout au sujet des dernières émeutes généralisées qui ont secoué le pays en ce début d'année : qu'il s'agit en fait d'émeutes de la faim. Et c'est ce que le gouvernement algérien essaye tant bien que mal de faire croire aux observateurs étrangers, dans le but d'éviter d'aborder les sujets qui fâchent. Mais, même si le déclencheur est la hausse des prix du sucre et de l'huile, cela ne constitue qu'un prétexte, une raison de plus qui pousse les Algériens, particulièrement les jeunes, à se révolter.
         En réalité, le malaise est plus profond pour le réduire à une simple crise alimentaire. On peut qualifier ces émeutes, d'émeutes de la faim, mais d'une faim de changements.
         L'Algérie vit une période très critique, le divorce entre l'Etat et le peuple est de plus en plus évident. Les Algériens arrivent au bout de leur patience et ils couvent un volcan prêt à exploser à n'importe quel moment et pour n'importe quel motif. ( 112 878 émeutes ont été enregistrées en Algérie, en 2010, selon les statistiques d’intervention des services de l’ordre). Les Algériens ont tout subi, injustice, chômage de masse, précarité, terrorisme, privation des libertés élémentaires de s'associer, de s'exprimer pacifiquement, d'entreprendre, etc. Ils se demandent aujourd'hui, comment se fait-il que nous le peuple, vivons dans le besoin, alors que le pays n'a jamais été aussi riche ? (155 milliards de dollars de réserves de change dorment actuellement à la FED). Un comble.
         Tout cela crée des frustrations et en l'absence d'une élite intellectuelle et/ou politique capable de canaliser et de transformer cette énergie en une impulsion pacifique de changement positif, ces frustrations deviennent une colère brute et celle-ci mène indéniablement à la violence.
         De plus, le peuple trouve en face de lui un pouvoir violent aussi bien par son appareil de répressions que par son refus de se remettre en question.

         Comment se fait-il qu'un pays aussi riche plonge sa population dans la pauvreté, le chômage et l’insécurité ?
         Le pouvoir a une vision à court terme de l'avenir de l'Algérie, une vision de rentier. L'Algérie vend son pétrole et son gaz, encaisse l'argent, distribue une partie au peuple pour maintenir un semblant de paix sociale, une autre partie se volatilise dans de sombres affaires de corruptions et de détournements de tous genres, et enfin une partie sert à entretenir la survie du régime. Il est clair que cette politique n'a pas d'avenir, c'est du rafistolage. Cette instabilité est propice aux affaires du pouvoir, mais elle risque un jour ou l'autre de plonger le pays dans le chaos.

         A qui profitent toutes ces richesses ?

         Certainement pas au peuple algérien, ou si peu. Le système algérien est gangréné par la corruption, toutes les couches de la société sont touchées, de la simple administration publique d'un douar perdu quelque part dans l'Algérie profonde, au gouvernement, en passant bien sûr par certains hauts gradés de l'armée. Les gens honnêtes existent encore, heureusement, et je pense qu'il sont majoritaires, mais ils sont, soit écartés des postes de décision, soit mis au ban de la société. Finalement, les Algériens, désorientés, finissent par se demander si toutes les richesses du pays (pétrole, gaz, etc) ne sont pas une malédiction pour l'Algérie. Je ne le crois pas, le pétrole est une chance, c'est la corruption et le refus de la légitimité par les urnes, qui sont les malédictions de ce pays. Le modèle norvégien est le contre exemple parfait : malgré son pétrole ou grâce à lui, la Norvège est l'un des pays les moins touchés par la corruption au monde (voir rapport 2009 de transparency international), où les habitants jouissent d'un niveau de vie parmi les plus élevés de la planète.

Fayçal Anseur est rédacteur en chef du site Algérie Focus.

 

Tiré du site Investig'Action


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article