Discours et actions en Mauritanie

Publié le par Sileye

     Partant de l’analyse des actions et de la domination de la classe bourgeoise en France, l’un des grands philosophes des Lumières, Denis Diderot a révélé une réalité universelle. Chaque être, chaque croyance, chaque institution possède trois faces ou davantage à savoir: la face sublime, la face ridicule, et la face odieuse. En Mauritanie, les institutions étatiques n’ont acquises des trois faces que la dernière. Les franges nationales opprimées et marginalisées n’ont connu jusqu’ici que les faces lugubres de l’Etat mauritanien.

     La preuve en est de nos jours, l’Etat peine à convaincre les citoyens…Au lieu de satisfaire les attentes, les autorités font recours à la sanction et la répression. Le discours des militants n’ont de réponse que des actions déshumanisantes. On procède ça et là aux arrestations massives et même des filles choses jusqu’ici inconnue dans ce pays. On humilie le peuple en lui arrachant toute sa dignité. Sinon comment justifier tous ses actes de violation de l’intégrité des personnes dont sont les victimes les étudiants ?

     Hier, on torturait et exécutait les citoyens qui osaient revendiquer leurs droits. Aujourd’hui, on emprisonne l’intelligentsia dans les mêmes circonstances. On dirait que L’Etat reproduit l’histoire en décrétant la politique de l’acharnement contre une composante nationale.

     En quoi l’acte de revendiquer ses droits est criminel ? La constitution mauritanienne, le règlement intérieur de l’université et les conventions internationales n’octroient-elles pas aux individus le droit de s’associer, de se réunir et de manifester pacifiquement ? Non, rien de tout cela… Ce n’est pas que git le lièvre.

     En réalité, les autorités mauritaniennes s’évertuent à transformer des simples discours revendicatifs à une suite des délits punitifs. L’Etat mauritanien veut stimuler des crimes pour en extraire des procès des opprimés et des dominés. Et pourtant au même moment les véritables criminels se pavanent tranquillement dans les rues de la capitale. Pire encore ces mêmes bourreaux sont promus aux postes de responsabilité. Certains parmi ces derniers valident les décisions nationales à l’Assemblée Nationale et au sein de l’armée.

     Il y a également des criminels même au palais présidentiel. Au début de ce mois, la justice avait acquitté le fils du chef de l’Etat pour emprisonner des abolitionnistes, militants de droits de l’homme à sa place. Le premier avait tiré à bout portant sur une fille tandis que les autres avaient seulement osé dénoncer un cas d’esclavage. Au commissariat de Traverg-zeina, le fils du Président fut chaleureusement accueilli dans une salle de télé au moment où les militants de l’Initiative de la Résurgence Abolitionniste (IRA) subissaient des tortures par les forces de l’ordre. Voilà …une aberration nationale pour laquelle il faut s’émouvoir.

     On accuse les étudiants et les militants des droits de l’Homme de mépris de la République pendant que d’autres la piétinent et la ridiculisent. On juge certains pour des accusations infondées et on prime d’autres d’avoir perpétué des véritables actes criminels. Deux poids deux mesures…Même les organismes internationaux ont reconnu l’arbitraire hors pair de notre pays.

     L’Amnesty International a relevé que dans la toute la sous région, La Mauritanie est championne en matière de détention arbitraire. Au delà des arrestations massives dans le milieu estudiantin en mars, avril et mai 2011, au moins 50 manutentionnaires harratins qui réclamaient une augmentation de salaire ont été arrêtés. Ces derniers furent conduits dans des commissariats pour y rester plus de sept jours.

     Deux dockers Mohame Abdallahu ould Diaby et Bounnah Ould Alayah ont passé plus de 18 jours en détention avant d’être remis en liberté sans inculpation ni jugement.

     Mohamed Lemine Ag Malek, un étudiant malien en histoire a été arrêté en juillet à Oulata une ville situé à 1200 kilomètres de Sud de Nouakchott. L’étudiant est resté plus de 20 jours en détention. Il fut inculpé pour fourniture d’informations à une puissance étrangère. Cette accusation était fondée sur le fait qu’il détenait un GSP et un appareil photo, matériel qu’il utilisait pour prendre des photos et mettre au point des itinéraires pour une agence de voyage.
L’Etat mauritanien a toujours usé de fausses accusations pour priver certains individus de leur liberté. Comme l’étudiant malien, on accuse les militants de Syndicat National des étudiants mauritaniens d’avoir profané le drapeau national et incendié les bus scolaires. Les responsables de ce syndicat ont déclaré que ces actes de vandalisme ont été perpétrés par des agents de renseignements infiltrés au sein de l’université et lors des marches pacifiques. Les étudiants n’ont fait que revendiquer l’augmentation de la bourse et un enseignement de qualité à la hauteur de leurs attentes. Mais le problème en est que les autorités académiques sont incapables de répondre aux exigences car elles se sont montrées improductives et incompétentes.

     Toutes ces machinations dévoilent la face sadique de notre Etat car en plus des tentatives d’assassinat de Biram Ould Abeid, l’on procède à la profanation du symbole de l’Etat pour atteindre des cibles faciles. Cette fois-ci la cible est conscientisée et les étudiants ne sont pas cette catégorie qui donne facilement des aveux. L’engagement des jeunes que l’Etat veut envoyer en prison est la résultante d’un effort de réflexion sur leurs conditions et conditionnements. Les formes d’actions peuvent changer avec le temps et prendre d'autres allures. L’Etat est avisé…. Wait and see.

Publié dans Afrique

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