En Arizona, on ne badine pas avec la clandestinité

Publié le par Vescovi Thomas

 

 

 

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     S'il y a bien un sujet qui concerne tous les États occidentaux, un sujet épineux, mais un sujet ô combien important, c'est indéniablement l'immigration. Plutôt, la lutte contre l'immigration, ou comment empêcher les peuples du Sud d'envahir nos territoires lorsqu'on a pas besoin d'eux. Le pragmatisme est souvent de rigueur, même si celui-ci est teinté de ridicule. Comment ne pas être consterné lorsque les États-Unis annoncent avoir trouvé un remède contre l'immigration des peuples d'Amérique du Sud : un mur de 1100 km rendant ainsi la frontière réellement infranchissable. Sans oublier ces fabuleux diplomates de la MinuteMen. Miliciens américains, ancien combattant pour la plupart, patrouillant de long de la frontière américano-mexicaine, promettant de tirer sur tout ce qui tente de traverser. A noter également leurs T-Shirts où y est inscrit, en parlant du Mur : « s'il est là, ils ne viendront pas. »

 

 

 

      On peut également citer la France, pays des droits de certains hommes. Nicolas Sarkozy l'avait promis, avec lui l'immigration clandestine c'est fini ! Trois ans après, les résultats ne sont pas glorieux et la France est montrée du doigt par de nombreuses nations. Là encore, on a su faire preuve de pragmatisme. Par le biais d'un tout nouveau ministère, celui de l'immigration et de l'identité nationale, le nouveau gouvernement promettait ainsi à ses électeurs que 25 000 clandestins seraient expulsés du territoire chaque année. Quel soulagement pour la ménagère devant son téléviseur, ou pour le « bœuf de service » lobotomisé, pour le peu qu'il ait, par des émissions intellectuellement limitées, souvent présente sur notre première chaine... Là n'est pas le sujet. La France a décidé d'expulser, ne reculant devant rien. Des enfants raflés à la sortie de l'école... Un adolescent polyhandicapé ? Au Kosovo ! Des afghans ? Retour à l'envoyeur, car comme a dit Frédéric Lefebvre, porte parole de l'UMP : «qui pourrait comprendre que des afghans dans la force de l’âge n’assument pas leur devoir, et échappent à la formation que, notamment les forces françaises, leur proposent pour défendre leur propre liberté dans leur pays? ». Dernièrement, la palme vient d'Outre-Atlantique.

 

 

 

      En Arizona, État du Sud des États-Unis, une loi a été récemment voté. Celle-ci a même scandalisé le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger. Dans cet État frontalier avec le Mexique, les policiers peuvent interpeller quiconque leur semble être un clandestin. Ce-dernier devra alors se rendre au commissariat pour une vérification d'identité. Attention, le pays des droits civique sait y faire et a rappelé, le plus sérieusement du monde, qu'il faudra aux forces de l'ordre « un soupçon raisonnable ». Schwarzenegger a donc ironisé la situation en proclamant : «  je devais faire un discours la-bas, mais avec mon accent je craignais qu'on ne m'expulse. »

      La loi, adoptée le 23 avril 2010, suscita de nombreuses réactions. Barack Obama s'est dit « préoccupé ». Raul Grijalva, parlementaire démocrate arizonien, a prôné dernièrement le « boycott » des produits de son propre État ! Il y eut également des manifestations. Le 29 mai, des milliers d'américains ont convergé, par différents moyens, vers Phœnix, la capitale de l'Arizona. Rassemblant entre 10 000 et 20 000 personnes, des mêmes scènes de protestations se déroulèrent à Los Angeles ou San Francisco.

 

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      Par ailleurs, de nombreux américains se sont prononcés en faveur de la loi. D'ailleurs, quelques heures après la manifestation « anti », une manifestation de soutien à l'Arizona se déroula, à Phœnix également. Certaines personnalités n'ont pas hésité à soutenir publiquement la loi et à appeler à l'achat en masse de produit arizonien. Sarah Palin, revenue sur le devant de la scène par le biais des Tea Parties, n'a pas hésité a déclaré que « nous sommes tous arizoniens ». Les partisans disent que leurs États doivent agir car le gouvernement fédéral ne fait rien. La loi est motivée notamment par la violence qui s'accroit au Mexique dû à des guerres pour le contrôle de la drogue, n'épargnant pas les zones frontalières. Les immigrés mexicains seraient donc tous des dangereux chefs de gang venus s'implanter aux États-Unis. Il y a un amalgame entre délinquance et immigration clandestine; or, comme le précisait le New York Times dans un article consacré à la loi, les immigrés clandestins ne commettent pas plus de crimes, si ce n'est moins, que le reste de la population. On désigne donc un coupable qui ne l'est pas.

 

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      Les crises économiques de grande ampleur ont souvent entrainé des rejets des étrangers. Là, un pallier a été atteint. Barack Obama avait promis une réforme des lois sur l'immigration, cependant, l'absence de majorité démocrate au Congrès l'empêche d'avancer librement, l'obligeant à faire des concessions avec l'opposition républicaine. Désormais, le seul rempart à l'application de cette loi, c'est la Cour Suprême. Vendredi 28 mai, l'administration Obama a d'ailleurs encouragé celle-ci à s'opposer au décret.

      L'Arizona a souvent attisé les controverses. C'est l'État où les peines de prison sont les plus sévères. Il détient aussi le « shérif le plus dur des Etats-Unis » : Joe Arpaio. Ce défenseur de la loi anti-immigration, est connu pour obliger les détenus sous sa garde à porter uniquement des sous-vêtements rose, pour « anéantir toute virilité. » Il l'affirme avec fierté.

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      Sebastian Rinken, chercheur au CSIC [Centre supérieur de la recherche scientifique] constate qu'“on ne cherche pas à agir efficacement, mais à dire, 'regardez, nous au moins, on fait quelque chose’. » On peut se scandaliser de cette loi, néanmoins, comme le soulignait récemment le quotidien espagnol El Pais, en évoquant la controverse, « il se passe la même chose ici. »

 

 

 

      On pourrait s'attendre à ce que je parte dans de grands discours, mais non. En réalité, je me demande si quelqu'un a réellement la solution face à l'immigration. Une solution humaine mais pas utopique. La suppression des frontières ? Débattons-en mais cela me semble peu réalisable. L'une des premières étapes serait d'adopter une politique plus respectable vis-à-vis des pays du Sud, visant à un développement progressif de ces-derniers. Développement signifiant une réduction des carences sociales. Il faudrait également évoquer le cas du FMI et de la Banque Mondiale qui affament davantage les peuples du Sud; celui de la dette ... On ne peut travailler à des solutions à une échelle nationale. Le « problème » est mondial. L'immigration n'est qu'un terme désignant une situation. Il est impossible de trouver des solutions humaines, en se limitant à un traitement strict de l'immigration, car bien trop d'autres problèmes, à résoudre, en sont la source.

 

Pour plus d'infos :

Une frontière si tranquille  -  Los Angeles Times/Courrier International

Ces immigrés qui effraient l' Amérique  - The Daily Beast/ Courrier international

Manifestation sur la loi sur l'immigration en Arizona   -   Le Nouvel Observateur

Sans-Papiers : le président mexicain fustige la loi de l'Arizona devant Obama  -  Le Parisien

L'Espagne aussi dure que l'Arizona -  PressEurop

Publié dans Amérique du Nord

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