Et si l'Afrique allait de mieux en mieux ?

Publié le par Vescovi Thomas

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     En septembre prochain, les États membres des Nations Unies se réuniront pour analyser l'état d'avancement des objectifs du millénaire pour le développement. Évoquant l'Afrique, le ton sera très certainement au pessimisme et à l'échec. Cependant, un article m'a récemment interpellé. Paru initialement dans la revue américaine The Nation et écrit par Karen Rothmyer, j'en ai lu sa traduction dans le Courrier International n°1030.

      Deux universitaires américains ont publié une étude allant à l'encontre de toutes ces visions fatalistes. Le premier, Maxim Pinkovskiy, est étudiant en doctorat au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Le second, Xavier Sala i Martin est un économiste espagnol, enseignant à l'Université de Columbia. Leur étude s'intitule  African Poverty is Falling...Much Faster than You Think! (En Afrique, la pauvreté recule... bien plus vite qu'on ne le pense !). Les travaux furent publiés sous l'autorité du National Bureau of Economic Research.

      Avant d'aborder toute explication il est important de souligner, qu'en France, aucun média n'y a prêté attention. Sur Google, seul le site des Guinéens pour le développement, fait référence, dans les pages francophones, à l'étude. Au Royaume-Uni, seul  The Guardian l'a évoqué. En effet, comme le précise le Pr.Michael Chege, économiste de Berkeley et conseiller du gouvernement kenyan, elle « produira une tempête, mais malheureusement seulement parmi les universitaires ».


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      L'étude soutient que depuis 1995, la pauvreté n'a cessé de diminuer en Afrique. Basée sur un certain nombre de calculs, de graphiques, d'analyses socio-économiques, elle établit une diminution lente mais réelle, du taux de pauvreté. Pourquoi personne n'y a donc prêté attention ? C'est là que les accusations pleuvent. Michael Clege développe une théorie assez crue selon laquelle certains individus auraient tout intérêt à ce que l'aide humanitaire perdure : « il y a des gens dans les gouvernements qui sont dépendants de cet argent, et puis toutes ces organisations tel le PNUD [Programme des Nations Unies pour le Développement] - ont intérêt à présenter les choses de façon négative. Si tout va bien, c'est leur carrière qui chancelle, leur emploi qui disparaît. » Une analyse bien perverse en somme.


 

 

 

 

      Toutefois, cette vision complotiste n'est pas isolée. En 2008, William Easterly, professeur d'économie à l'université de New York, publie également une étude dans la revue World Developpment. Il y développe une analyse sans compromis portant sur les fameux objectifs du millénaire pour le développement. Il prétend que ceux-ci sont volontairement fixés de manière à ce que les pays africains ne puissent pas les atteindre. Il cite divers exemples. Le premier objectif est de réduire de moitié le taux de pauvreté entre 1990 et 2015. D'après ses calculs, afin d'y parvenir, il faudrait une croissance annuelle sur dix ans de 7% pour l'ensemble de l'Afrique. Ce niveau n'est atteint que par un pays sur dix dans le monde.

      Par ailleurs, Easterly affirme lui aussi que les images négatives que l'on donne sans cesse de l'Afrique encouragent « les dons aux ONG » et « sont bonnes pour les budgets d'aide au développement. » Il dénonce également l'idée selon laquelle « les blancs », savent mieux que quiconque. Expliquant que le « renforcement de l'autonomie », idée centrale des projets de développement, n'est qu'une machination, sachant que les décisions seront prises par les donateurs.


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      Karen Rothymer s'est amusée à analyser les différents commentaires laissés sur les quelques forums évoquant l'étude. Elle y explique que les critiques les plus acerbes viennent d'Afrique. Exemple d'un ougandais sur le site de la Banque Mondiale : « pour suggérer que la pauvreté est en baisse en Afrique, il doit y avoir quelque chose qui ne va pas avec ces indicateurs. »

 

     Par ailleurs, je me permets de publier ici la fin de l'article, plus ou moins intéressante, à vous d'en juger : «  Mon mari et moi nous sommes fait des amis dans une région massaï[...]. Nous leur avons dit récemment que, puisqu’ils nous laissaient marcher librement sur leurs terres, nous aimerions contribuer d’une manière ou d’une autre à l’éducation locale. Les doyens de la communauté ont alors suggéré que nous payions un enseignant [...]. Afin que cette personne perçoive son salaire, quelqu’un a suggéré qu’on utilise M-Pesa, un système de paiement mobile qui compte déjà 10 millions d’abonnés au Kenya. Or, moi qui viens d’un pays dit avancé, je n’utilisais pas encore ce système… ».


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     Il est difficile de se faire une interprétation stricte de l'étude de Maxim Pinkovskiy et Xavier Sala i Martin. La morale n'est certainement pas qu'il faille laisser l'Afrique se débrouiller. Ce continent a encore un certain nombre de défis à relever. De 1972 à 2002, le nombre d'africains en permanence sous-alimentés a augmenté de 81 à 203 millions. Outre une importante hausse démographique, le chiffre n'en reste pas moins faramineux. Toutefois, il est indéniable que les différentes analyses sur les ONG et l'image négative collée à l'Afrique, doivent être prises en compte. Là encore, on ne peut pas nier qu'un certain nombre d'associations et d'ONG y font un travail capital. Néanmoins, sachons rester objectifs, car la route est encore longue.

 


Publié dans Afrique

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