La farce diplomatique

Publié le par Vescovi Thomas

obama_abbas_netanyahu_432.jpg

      Le 2 septembre, Mahmoud Abbas,  président de l'Autorité palestinienne, et Benyamin Nétanyahou, premier ministre d'Israël, se sont rencontrés à Washington, suite à l'invitation de Barack Obama, qui souhaite relancer le processus de paix. Cela serait incompréhensible de ne pas s'en réjouir... et pourtant, les critiques, légitimes, ne manquent pas.                  

      Le terme de « farce » est également employé par le Financial Times dans un éditorial intitulé : « One final act in the Middle East Face » (« Dernier acte pour la farce du Proche-Orient »). Alain Gresh, directeur adjoint du Monde Diplomatique et spécialiste du Proche-Orient, parle sur son blog de «  « Farce » à Washington ».


carte-copie-2.jpg

      Avant tout, il est important de rappeler que les deux parties ne se sont pas données rendez-vous, mais qu'elles ont répondu à deux invitations distinctes émanant du Quartette pour le Proche-Orient. Le texte, approuvé par les États-Unis, l'Union Européenne, la Russie et l'ONU, prévoit l'objectif d'arriver à un accord de paix « en un an ». Par ailleurs, l'entourage de Netanyahou s'est empressé de préciser que celui-ci ne se rendrait à Washington qu'en réponse à l'invitation, sans aucune condition préalable. C'est là qu'il faut creuser.

 

     La solution qui reste privilégiée est celle de deux États. Or, la colonisation de la Cisjordanie a atteint un degré inimaginable. Mieux que des mots, il suffit de regarder cette carte datée de novembre 2007, tout en prenant en considération que les colonies israéliennes y ont progressé depuis :

  WB_janvier_2009-2.gif

 

     Pour mieux visualiser l'étroitesse des territoires palestiniens, voici une carte réalisée par Julien Bousac, nommée l'Archipelle Palestinienne. Il s'est imaginé la Cisjordanie de 2009 si les colonies et Israël n'étaient qu'une mer :

 

archipel_palestine_bousac2.jpg

       La Cisjordanie est donc morcelée en petits territoires. Bien souvent, les colonies sont inaccessibles pour les palestiniens, contraints donc d'emprunter d'autres chemins. D'après l'organisme Peace Now, près de 40% des colonies en Cisjordanie sont fondées sur des terres privées normalement palestiniennes. La situation ne risque pas de s'améliorer. En effet, depuis maintenant dix mois, sous la pression internationale, le gouvernement israélien a accepté la mise en place d'un moratoire sur les colonies... en Cisjordanie. A  Jérusalem-Est, la colonisation continue.

        Avant l'entame des discussions, le premier ministre israélien avait jugé bon d'annoncer qu'il n'envisageait pas de nouveau gel de colonies, le moratoire prenant fin le 26 septembre. La voix est encore plus ferme du côté d'Avigdor Lieberman, ministre des affaires étrangères israélien, membre du parti Israël Beytenou, qui se caractérise par une vision politique très dure vis-à-vis des palestiniens, voire plus généralement des arabes. Celui-ci a toujours affirmé sa volonté de relancer la construction de colonies, et il ne cesse à travers de nombreux médias de clamer son scepticisme face à ces « évènements festifs ». Au lendemain des premiers débats, divers médias israéliens annonçaient de source gouvernementale, la mise en place d'un « Mini-gel ». Celui-ci prévoit le relancement des colonies dans les blocs déjà existants. L'Autorité Palestinienne a d'ores et déjà prévenu que de nouvelles constructions annuleraient tout accord.

 

 

 

     Les palestiniens veulent-ils un Bantoustan ? Là est la question. L'image qui peut ressortir de ces discussions, c'est une nouvelle fois une ligne très raide d'Israël, face à une Palestine désabusée. A ce jour, 300 000 colons vivent en Cisjordanie, tandis que 200 000 résident à Jérusalem-Est.

  har-homa.jpg

Colonie d'Har'Homa, au Sud-Est de Jérusalem

 

      Il y a également la question des réfugiés qui pose problème. Leur nombre n'a cessé de croitre, si bien qu'aujourd'hui, d'après l'UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), on compte près de 2,9 millions de palestiniens vivant dans des camps de réfugiés, situés dans les pays voisins. Le retour de ces réfugiés doublerait la population palestinienne. Le territoire, morcelé, sans cesse convoité par les colons, est devenu bien trop étroit pour accueillir toutes ces populations. Ce sujet, point de blocage des différentes négociations, semble être sans issue possible dans la situation politique actuelle.

 

     L'autre sujet épineux, vient de la légitimité même d'Abbas, président depuis 2005. En 2006, l'Union Européenne et les États-Unis appellent Abbas à organiser de nouvelles élections législatives, dans le but de renforcer la légitimité des institutions palestiniennes. Sous l'œil de l'ONU, les élections se déroulent dans une transparence épatante. Aucun incident n'est signalé, sauf un. Le Hamas, parti politique nationaliste et religieux, classé notamment par l'Union Européenne et les États-Unis parmi les organisations terroristes, obtiennent  42,9 % et remportent les élections. Ils obtiennent ainsi la majorité au Conseil Législatif Palestinien, avec 74 sièges. L'Occident crie au scandale, et refuse de reconnaître les nouveaux élus, discréditant en même temps tout discours démocratique auprès du monde Arabe. Comme le précise Alain Gresh, dans son ouvrage (que je vous conseil) « Israël, Palestine vérités sur un conflit », on rend coupable un peuple d'avoir « mal voté ». Un peuple des plus diplômés au monde.

 

A10-1008.jpg

Manifestation du Hamas à Gaza. Date inconnue

 

     Cette décision est justifiée par l'aspect islamiste du Hamas, par sa volonté de ne pas reconnaître l'État d'Israël. Arrêtons nous ici. L'Occident refuse de dialoguer avec le Hamas, le jugeant trop dangereux, trop violent.  En revanche, cela ne l'empêche pas de dialoguer avec un gouvernement refusant tout compromis par rapport à la colonisation, un gouvernement mis de maintes fois au banc des accusés par l'opinion internationale ces dernières années. Pourquoi le Hamas a-t-il gagné ? Aude Signoles, professeur de Sciences Politiques à l'Université de La Réunion, spécialiste des territoires palestiniens, argumente que le Hamas est divisé en son sein par une branche armée et une autre prônant la « lutte électorale ». Il dispose également d'un aspect social. Là où il est présent se déroule des distributions de fournitures scolaires, des aides concrètes aux familles dans le besoin, construction de jardins d'enfants, de dispensaires... mais surtout, le Hamas a su maintenir son cap : résister au compromis et garder les mains propres. Dans le même temps, pour aider le Fatah à se maintenir, des aides importantes sont envoyées par l'Union Européenne au gouvernement de Mahmoud Abbas, sans tenir compte des multiples accusations de corruptions, sans tenir compte donc de la volonté du peuple palestinien.

i5951711-ChristoKomarnitski.gif

 

     Précisons également que la victoire du Hamas n'a pas stoppé immédiatement les négociations. Les États-Unis, par exemple, exigèrent la reconnaissance d'Israël par le parti victorieux, ce que celui-ci refusa. Khaled Mechaal, chef du bureau politique du Hamas, proposa de mettre fin à la lutte armée à condition qu'Israël se retire de tous les territoires occupés, se basant sur les frontières de 1967. Le parti refusa la reconnaissance de l'État hébreu, préférant une cohabitation pacifiste. Ehud Olmert, premier ministre israélien, refusa d'entamer des discussions.

     Les élections présidentielles palestiniennes furent à deux reprises repoussées, à une date désormais inconnue. Le terme de « farce » a donc bien toute sa légitimité ici. On tente de faire croire que les israéliens et les palestiniens négocient, que les deux peuples sont prêts à se rapprocher, or l'Autorité Palestinienne n'a plus aucun contrôle sur la Bande de Gaza, contrôlée entièrement par le Hamas. A Ramallah, le 1 septembre, une manifestation se déroula à l'appel de la gauche palestinienne et du monde associatif, pour dire «  Non » à ces négociations. La manifestation appelait notamment à résister au gouvernement israélien par le biais de la campagne Boycott, Désinvestissement, Sanctions, mais aussi en s'organisant pour dénoncer les compagnies internationales qui prennent part à la construction de colonies. De plus, il est important de souligner que l'idée d'Un seul État, où israéliens et palestiniens vivraient avec les mêmes droits civiques, prend de plus en plus d'ampleur, mais reste toutefois minoritaire.

 AC_01.jpg

     Marwan Barghouti, leader palestinien charismatique, actuellement emprisonné, condamné cinq fois à perpétuité par Israël, évoque à travers une lettre un « show » servant uniquement à redorer l'image d'Obama sur la scène internationale. Il poursuit en expliquant qu'on ne peut négocier sans l'adhésion de la majorité du peuple palestinien, l'arrêt de la colonisation, et le retour des réfugiés.

     Parallèlement aux négociations, à Hebron, quatre colons sont tués, l'acte est revendiqué par le Hamas. Israël, tout comme l'Autorité Palestinienne, condamne, et les deux parties décident même de réfléchir à une coopération pour arrêter le Hamas. Abbas sera-t-il le futur gendarme d'Israël en Cisjordanie ? Les deux hommes se sont finalement quittés en prévoyant des rendez-vous à intervalle régulier durant un an. L'interlocuteur palestinien a accepté l'annexion par Israël des Blocs de colonies en Cisjordanie. En échange, des terres israéliennes de tailles équivalentes passeraient en territoires palestiniens. Cette proposition n'a pas encore été approuvée par le gouvernement israélien.

log5x4hc.jpg

     Souligné par Le Figaro, Mahmoud Abbas est tout de même malmené. Contesté, accusé de multiples tords depuis un certain temps, il doit maintenant faire face d'une part au Hamas qui refuse ces négociations; et d'autre part à son propre parti, le Fatah, où un nombre non négligeable de militants préviennent qu'ils n'accepteront aucune concession. Dans Le Monde du 27 aout, Benjamin Barthe explique qu'une censure intensive est appliquée à tous les palestiniens opposés aux négociations.

     L'enjeu de ces négociations est énorme. Pour Obama, il s'agit de montrer qu'il n'a pas tiré un trait sur son Discours du Caire, tout en ménageant l'allié israélien. L'Union Européenne est prête à tout pour démontrer que les subventions de plusieurs millions d'euros faites à l'Autorité Palestinienne ne sont pas vaines et que des solutions existent.

 

 

     Il ne faudrait pas croire que je sois un partisan du pessimisme en ce qui concerne le conflit israelo-palestinien. Je suis pour la paix, mais pas celle qui se profile. Au même titre que l'Occident clame qu'il ne dialoguera pas avec le Hamas, je ne vois pas pourquoi faudrait-il dialoguer avec le gouvernement israélien actuel. Ce-dernier a commis des actes répréhensibles, notamment des crimes de guerres, voire des crimes contre l'humanité. En dépit des injonctions de l'ONU, Israël poursuit et poursuivra la colonisation. Si l'Occident souhaite véritablement trouver une issue viable, il est indispensable de faire preuve de fermeté vis-à-vis d'Israël, et de mettre des sanctions en application, comme on le fait à d'autres États ne respectant pas les règles internationales. Couvrir chaque bévue de l'État hébreu ne lui rend pas service, au contraire, cela favorise d'une part l'extrémisme, dû indéniablement aux deux poids deux mesures, et d'autre part entraine l'isolement d'Israël, rendant le pays davantage rigide, fermé et agressif. L'Occident doit également cesser son attitude paternaliste, et respecter tous les interlocuteurs, quels qu'ils soient, à condition d'être légitimés par le peuple palestinien.


 

Pour plus d'infos :

Un accord de paix israélo-palestinien est-il possible ?  -  Rue 89

Vivent, vivent les négociations !  -  Investig'Acgtion

"Farce à Washington, ou "Faisons comme si le train avançait"  -  Nouvelles d'Orient, blog Alain Gresh

Proche-Orient, les nouvelles règles du jeu des négociations  -  Le Figaro

A Ramallah, la reprise des négociations directes avec Israël suscite peu d'espoirs  -  Le Monde

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article