Le printemps arabe et la fin possible d'Al-Qaida

Publié le par Khalid Hroub

     Khalid Hroub, directeur de l'Arab Media Project (CAMP) à l'université de Cambridge, explique pourquoi les soulèvements arabes ont porté un coup bien plus sévère à Al-Qaida au Moyen-Orient que la mort d'Oussama ben Laden.


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     Les révolutions arabes ont remis en cause bon nombre d'idées sur le changement dans le monde arabe. Elles ont aussi remis en cause la situation de plusieurs protagonistes clés dans la région, y compris Al-Qaida et d'autres organisations extrémistes dont les idéologies ont été mises à mal par les récents événements.

      Si la mort d'Oussama ben Laden risque tout de même de jouer un rôle dans la déstabilisation d'Al-Qaida, les révolutions arabes ont en grande partie déjà brisé les arguments dont a largement dépendu Al-Qaida pendant ces quinze dernières années.

      Le premier de ces arguments consiste à dire que les régimes arabes corrompus ne peuvent être renversés que par la violence. Or, ainsi que le montrent les récents événements, cette stratégie n'a été couronnée de succès dans aucun des pays arabes ayant connu des protestations. En effet, ce sont des mouvements populaires pacifiques et non armés qui ont fait tomber certains des régimes les plus répressifs du monde arabe – à savoir ceux de la Tunisie et de l'Egypte.

      Autre argument avancé par Al-Qaida: seules des opérations terroristes de grande envergure entraînant des destructions massives peuvent attirer l'attention des médias traditionnels globaux. Du fait de l'immense impact dévastateur de ces attentats, les médias n'ont, en effet, pas d'autre choix que de couvrir les activités d'Al-Qaida, son idéologie ainsi que ses justifications religieuses tordues avancées pour tuer des civils.

      Les révolutions arabes ont, néanmoins, pu attirer une couverture médiatique mondiale sur les manifestations pacifiques et, plus important encore, elles ont pu changer l'image négative des Arabes et des musulmans aux yeux de l'Occident qui découle essentiellement des actes de violence perpétrés par Al-Qaida ces dernières années. Les révolutions offrent au contraire l'image d'une jeunesse organisée, éduquée, très efficace qui est engagée dans une action non violente destinée à entraîner un changement positif.

      Al-Qaida prétend aussi parler au nom des Arabes et des musulmans opprimés. Pourtant, les révolutions arabes montrent que les objectifs d'Al-Qaida diffèrent des aspirations du plus grand nombre dans le monde arabe. Les revendications des jeunes révolutionnaires portent sur la liberté, la dignité et la démocratie. Contrairement à Al-Qaida, ils ne réclament ni un Etat islamique, ni l'interprétation conservatrice de la loi islamique pas plus qu'une guerre contre l'Occident.

      Lors des récentes protestations, tous les groupes sociaux et tous les segments de la population, toutes tendances politiques et religieuses confondues, se sont rassemblés. Des laïcs ont rejoint des jeunes appartenant à l'organisation des Frères musulmans sur la place Tahir et des jeunes femmes en jeans ont fait du coude-à-coude avec d'autres portant le hijab (foulard). Des chrétiens, des gauchistes et des traditionalistes se trouvaient parmi eux.

       Al-Qaida pense que le monde est divisé en deux: d'un côté, le bien – comprenant Al-Qaida et des groupes de même nature – de l'autre, le mal – qui comprend tous ceux, musulmans ou non-musulmans, qui ne partagent pas le point de vue des premiers. Cette dichotomie se retrouve dans la rhétorique de l'ancien président des Etats-Unis, George W. Bush, qui séparait aussi le monde en deux: ceux qui sont ''avec nous'' et ceux qui sont ''contre nous''.

      Les révolutions arabes ont, bien au contraire, montré que le monde ne doit pas être divisé en deux. Les médias occidentaux prennent parfois littéralement position pour les manifestants arabes et musulmans. Quant au public, à l'élite dans le monde arabe et aux dirigeants politiques occidentaux, ils ont exprimé leur soutien à ces révolutions.

      Les principaux arguments sur lesquels Al-Qaida s'est fondé tout au long de ces années sont amoindris. Il se peut que ce soit le début de la fin pour cette organisation.

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