Le racisme en Mauritanie : le pire nous attend

Publié le par Bâ Sileye

     Les affrontements entre étudiants noirs militants du syndicat national des étudiants mauritaniens (snem) et les arabo-berbères militants de l'union nationale des étudiants mauritaniens (Unem) sur le campus universitaire, en marge des élections estudiantines, vont pendant longtemps délier les langues.

      Ils feront sans nul doute couler beaucoup d'encre. Mais quelques temps aussitôt, l'oubli s'ensuivra comme à l'accoutumée. L'excès de la négligence fait que nos autorités ne retiennent plus la gravité du brulant dossier du passif humanitaire. Mais, d'autres faits provocateurs s'y ajouteront ça et là. Et, on sera en présence de la goutte d'eau qui fait déborder la vase.

      Il faut s'y attendre aussi dans peu de temps, le pire se profile, si l'on ne retrouve pas le bon sens à l'université de Nouakchott.

      Ce ne sont pas des communiqués de bonne intention ça et là, appuyés par des versets coraniques qui vont résoudre le problème. A coté de la baraqua, nous avons également besoin de pragmatisme. Car dans cette affaire, la volonté et la responsabilité de l'État sont déterminantes pour trancher et réinstaurer la justice qu'une franche de la population mauritanienne espère depuis deux décennies. Car si, c'est le campus qui explose, il faut se dire que la Mauritanie est au bord du gouffre.

      D'aucuns ignorent que les étudiants noirs et arabo-berbères engagés, militants ou adoptant une idéologie ou autre, se regardent sur le campus universitaire en "chiens de faïence", pire encore, en "frères -ennemis", n'en déplaise à plus d'un, c'est la triste réalité. A l'université, on constate une affreuse démarcation entre les étudiants noirs et arabes. Et cela est indéniablement lié à l'histoire du pays. C'est regrettable, mais ça fait le fond de commerce de certains hommes politiques. Les communiqués des deux syndicats ont bien démontré.

      C'est pourquoi officiellement, on sait que déplorer et rappeler à l'ordre toutes les fois que le campus déborde. Aujourd'hui, la majorité des étudiants noirs sont nés entre les 1987 et 1990. Parmi eux, certains ont perdus leurs pères, et d'autres se demandent encore les tombes de leurs oncles, leurs mères ou leurs sœurs. Et l'autre grande majorité subit tout simplement le racisme de l'État. Pour ces derniers l'État représente de part ses velléités les bourreaux et les racistes chauvins.

      Et cette attitude les exacerbe, car ils se sentent "victimes et coupables" Victimes, parce qu'ils aspirent à une justice qui tarde encore et  constatent l'inertie de l'État. Coupables, ils voient leurs leaders arrêtés à chaque fois que le campus s'agite. Mais en revanche, certains étudiants noirs ont tort de culpabiliser tous les arabes. Il s'agit là sans doute d'une vision très controversée, au sein du SNEM, car certains jeunes ont tendance à mettre tout le monde dans le même sac. En tous cas, y croire, c'est une aberration. Il existe une minorité invisible des arabo-berbères hostile au racisme, au clanisme et au tribalisme.

      On les trouve aussi dans les rangs du syndicat proche de la mouvance islamique. Car en théorie, les islamistes mauritaniens militent pour une société juste et égalitaire. En réalité, ces événements les obligent à repenser à la formation des leurs dauphins en prêchant notamment l'ouverture d'esprit. Par contre, la centralisation et le monopole de la question du passif humanitaire par intelligentsia noire suscite une méfiance de la part de certains intellectuels arabes. C'est un dossier national mais à forte tendance nationaliste d'où " le paternalisme" constamment revendiqué par les "flamistes" dans cette lutte.

      Il est tout de même évident, car, ils ont été les premiers à être persécutés pour avoir revendiquer plus d'égalité. Mais, ce monopole a conditionné la démission des certains intellectuels arabes, d'où l'émergence de part et d'autres des contres mouvements en guise de réponse aux nationalistes noirs. Et dans les deux camps, on a trop longtemps tiré les ficelles, ce qui expliquerait en partie cette stagnation. Car, l'État se voit dans un dilemme et s'arrange coûte que coûte pour éviter le piège tendu.

      L'État mauritanien évité le bannissement tout en voulant se dépouiller de son statut"d'État complice". Dans le premier cas, régler définitivement en traduisant en justice les criminels serait aux yeux des certains nationalistes arabes une démission de l'État voire une trahison. Et dans le second cas, les nationalistes noirs jugent que l'État demeure un complice tant que le problème du passif humanitaire n'est pas résolu.

      Alors, en absence de l'objectivité, le pouvoir central tergiverse bien que les faits historiques soient là. Tout compte fait, l'état a dans toutes les façons un parti pris notamment son silence bavard qui signifie complicité . Par ailleurs, rares sont les "voix sincères" qui s'élèvent dans le milieu arabo-berbères pour dénoncer l'inertie de l'État face à la résolution définitive du problème du passif humanitaire remontant des années 1989-90. Les observateurs qui en parlent, le font justement pour alerter les moins "consciencieux" qu'une nouvelle génération des "négros" est mobilisée avec une surprenante et inattendue détermination.

      Au lieu de dénoncer et de mettre les dirigeants de ce pays devant leur responsabilité, ils sensibilisent. C'est pourquoi, on est en droit de dire qu'en Mauritanie, on tient de la fraternité que lorsqu'elle maintient la domination d'une classe et d'un système. Depuis longtemps, le jeune noir mauritanien ne faisait pas peur aux autorités mauritaniennes. Passif, il ne revendiquait pas ses droits haut et fort. Terrorisé, il les murmurait. Aujourd'hui, il réclame à l'université sa renaissance et sa dignité... il faisait objet de l'oubli et en quelque sorte marginalisé, Aujourd'hui, les jeunes noirs ont pris conscience et s'indignent de leur situation. l'État doit en prendre considération leurs doléances et les exigences.

      L'engagement de ces derniers est une forme d'expression. Et leur engagement est aussi une forme de réflexion sur leurs conditions et conditionnements. Les formes peuvent changer avec le temps et prendre d'autres allures. A travers les événements du mercredi, il ne faut pas seulement voir l'enjeu des élections estudiantines avec des résultats contestés par certains syndicats estudiantins . Mais en même temps un message très clair envoyé directement à tous ceux qui prétendent que le problème du passif humanitaire est "clos". Le message est tout de même historique et met les autorités devant leurs responsabilités.

      Car il y a de cela un an, tout le monde parlait avec un "langage religieux" à propos de fraternité des mauritaniens lorsque le campus était bouleversé des affrontements relatifs au projet de l'arabisation de l'administration. On oublie scandaleusement qu'une fraternité a besoin d'être entretenue lorsque les frères sont encore solidaires . Il ne s'agit pas d'attendre, les débordements pour se pencher sur une dialectique stérile en vue d'instrumentaliser l'opinion publique. Il faut agir sinon le pire nous attend....

      L'histoire retiendra les ruses et calculs des politiques sur ces dossiers épineux, comme elle retiendra la naissance d'une jeunesse noire consciente. Cette jeunesse a instauré d'ores et déjà un processus qui tend vers la"libération" ...Mais ce qui cache aussi des sensibilités lesquelles peuvent se transformer en surprises néfastes pour la Mauritanie. Car on peut prévoir les stratégies d'une lutte mais jamais la portée de ces stratégies.

Publié dans Afrique

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