Le recensement en Mauritanie: Chronique d’une exclusion programmée

Publié le par Sileye Bâ

     Jamais, un recensement n’a fait autant de bruits en Mauritanie… Celui qu’administre, Mohamed Ould Boilil, le Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation est tout simplement abject et infâme.


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      A la place de ce vieil homme qu’un enquêteur a obligé de parler la hassania, quelles questions seraient posées à monsieur le ministre par ce même fonctionnaire ? On aurait pu forcer à Ould Boilil de partir à Keur Mecéne, comme le ressortissant de Rosso à qui on a astreint à tort, d’aller bon gré malgré, se faire recenser dans sa ville natale, après avoir passé, toute sa vie durant, à Dar Naim. M. Ould Boilil aurait pu entendre cette honteuse question posée à ce soninké, s’il ne fût pas, depuis 1976, un grand commis de l’Etat mauritanien. Et pourtant sans son parcours d’administrateur et de préfet, notre ministre serait peut-être placidement surpris et agacé par des questions sur ses origines harratines. Un petit enquêteur aurait pu vous forcer à lui refaire l’histoire de la moughataa de Keur Macéne et du Parc de Diawling.

      Mais, l’histoire vous a épargné l’humiliation. Aujourd’hui, vous êtes déterminé d’abaisser tous les négros mauritaniens. Et avec eux, tout le petit peuple. Vous avez tout simplement récidivé. Il y a un an, vous vous évertuez, avec un cynisme hors pair, de nier l’existence des camps des réfugiés au Mali. Avec ce recensement, on voit clairement se profiler la chronique d’une exclusion programmée des halpulaarens, wolofs et soninkés de la Mauritanie.


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      Avec les temps qui courent, votre attitude ne nous indigne pas, elle nous trouble. Car somme toute, votre opération met toute une nation dans une confusion totale. Ce recensement… votre recensement n’est pas objectif, loin de là, il sabote les efforts consentis pour la réhabilitation de l’unité et la réconciliation nationales du pays. Le Président de la République l’ignore certainement, mais vous êtes entrain de conduire le pays vers un gouffre. Le saviez-vous ? Les mauritaniens sont assis désormais sur un volcan. De grâce…épargnez-les, de vos laves chaudes émanant de vos mauvaises intentions.

      Je réitère les propos de Madame Kadiata Malik Diallo, votre recensement est un échec. Car au lieu d’identifier le citoyen, il l’égare, l’aveugle et le révolte. Comment on peut demander à un soninké, (peuple autochtone de ce pays) de lire la fatiha pour vérifier sa Mauritanité ? Depuis quand le coran est devenu un symbole national de notre pays?

      Depuis l’indépendance de la Mauritanie, la volonté du système, appuyé par le chauvinisme de certaines personnalités au sein des instances dirigeantes, est celle d’exclure les noirs du pays. D’ailleurs le dire, c’est dévoiler un secret de Polichinelle. Et pourtant, nul n’en doute de l’existence d’un véritable recensement dissimilé quelque part dans les tiroirs de l’Etat. C’est un recensement dérangeant. Et depuis, on décrète une haine viscérale contre les négro-mauritaniens et le petit peuple.


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      La victimisation des noirs et des maures issus des « petits clans » est une volonté préméditée. Désormais, l’Etat livre une lutte des classes et des clans contre ses propres citoyens. Que l’on demande à un noir de situer Néma sur la carte géographique de la Mauritanie n’est pas un fait nouveau. Car les forfaitures préméditées par Ould Bolil et les chauvins retranchés dans le palais ocre ne datent pas d’aujourd’hui. Le cynique Taya avait tout testé avant eux.

      Renvec 1998: » On demande à un citoyen analphabète sa date de naissance ». Elle répond, je pense que c’est l’année du mil (19??) ou l’année des rats ( 19 ??). En face de cette situation, monsieur état civil inscrit, volontairement et selon les directives données, une date approximative. Dans certains cas, le père et le fils ont eu cinq ans d’écart d’âge.

      L’on obligeait également les recenseurs à se présenter à des heures de pointes pour éviter les personnes ressources. C’est pourquoi nombreux sont les Ranvec contenant des informations fournies par les cadets ou des personnes très âgées des familles mauritaniennes. On a aussi joué sur la déformation des noms. Combien de mauritaniens sont aussi pénalisés par cette bévue nationale ? Combien de Djeinaba ont vu leur nom se transformer en « Djeinébé » ect….


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      En 1998, le contexte social du recensement n’était pas favorable. L’opération fût entamée en Juin, juillet Aôut 1998. C’est une période de l’hivernage, le villageois cultive et surveille son champ du levé au coucher du soleil. La quête du pain quotidien l’emporte sur les soucis liés à son état civil. L’actuel maire de M’Bagne, Monsieur Diop Abdoulaye vient de tirer sur la sonnette d’alarme en alertant sur cette réalité qui risque de reproduire. D’ailleurs, le préfet n’est même pas sur place pour lancer l’opération. Peuple de Mbagne peut se concerter en entendant le retour de leur Hakem…

      Et les éleveurs des dromadaires partis en transhumance à la recherche du pâturage ? Un petit souvenir de gamin monsieur le ministre… En juillet 1998, des maures venaient dans notre village en pleine campagne de recensement. Ceux-là, qu’on n’en doute même pas n’ont pas été recensés. Le Ministère de l’intérieur que fera-t-il pour ces oubliés du Renvec ? La fameuse feuille jaune suffit-elle pour cautionner ou douter de la Mauritanité d’un citoyen ?

      Depuis sa nomination, le ministre de l’intérieur ne s’est intéressé qu’à la sécurisation des papiers de l’état civil. Il signe un contrat avec une société française pour dépouiller la nationalité mauritanienne à ceux dont l’Etat mauritanien a brulé en plein jour les papiers. Monsieur le Ministre, vous aurez eu le mérite de faire un petit tour à Boyguel Thillé ou à Houdaillah, ou encore dans les camps de la honte de la région de Trarza, pour constater, par vous même à la fois la fierté et le regret d’être mauritanien. Les 34000 réfugiés rapatriés dans le cadre du programme de l’insertion des réfugiés ont-ils reçu véritablement leurs papiers d’Etat civil. Certains sont rentrés au bercail depuis novembre 2007 ?

      Enfin, dites-vous que le délit de faciès et le racisme exacerbé risquent de nous conduire vers le pire. L’humiliation de toute une frange de la communauté mauritanienne provoque une révolte imminente.

      Je suis convaincu que vous n’avez pas des réponses à toutes mes questions. Mais, avec l’Etat, on se plaint plus … car on sait qu’il encourage désormais les maladresses de ses dirigeants.

Publié dans Afrique

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samba sidi 01/08/2011 06:20


les autorites mauritaniennes ont ils une memoire si courte pour poser de tels actes?