Le Somaliland : un cocon africain

Publié le par Vescovi Thomas

 

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     Connaissez-vous le Somaliland ? J'ai découvert cet Etat dans un article de Courrier International intitulé « Un havre de paix et de stabilité politique ». D'après les commentaires, le pays, situé dans la corne de l'Afrique, enclavé entre la Somalie, Djibouti et l'Ethiopie, serait une république. L'article m'interpelle, je réfléchis à l'idée d'écrire sur ce sujet, puis je passe...

     En octobre dernier, dans le Monde Diplomatique, est publié un article évoquant « le Somaliland, une excpetion africaine ».


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      Avant tout, petit précis d'histoire. En 1960, à l'indépendance de la Somalie, le Somaliland n'est qu'une région située au Nord du nouvel Etat africain. Spécificité du territoire, contrairement à la Somalie, occupait par les italiens, le Somaliland était sous protectorat britannique. Le gouvernement de l'époque rêve de créer la « Grande Somalie », c'est à dire rassembler dans un Etat la Cote française des Somalis (Djibouti), la province ethiopienne de l'Ogaden et le Nord du Kenya, toutes des régions peuplées de somalis.

      En 1977, Mohamed Siad Barre, dictateur somalien prétendant s'inspirer de Mussolini, amorce la conquête de l'Ogaden. C'est un désastre. A défaut de reconnaître ses erreurs, le gouvernement somalien désigne un bouc émissaire : les clans somalis du Nord (Somaliland). Une véritable fracture s'installe entre le Nord et le Sud. Parallèlement, près d'un million de réfugiés de l'Ogaden arrivent en Somalie. Siad Barre les envoit au Nord, et leur confère un certain nombre de pouvoirs. Dès 1981, les clans du Nord décident de se rebeller, étant constamment victimes de pillages, humilitations, voire massacres. En réponse, le gouvernement somalien bombarde sauvagement Hargeisa, ville qui deviendra la capitale de Somaliland, faisant près de cinquante mille morts. Un mouvement national somali se met en place.


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      En 1991, les clans somalis sont tellement divisés que l'Etat somalien s'écroule comme un château de carte. Tandis que des guerres fratricides débutent à travers le pays, le Nord proclame le 18 mai 1991, son indépendance : le Somaliland. Le Sud sombre dans le chaos, le Nord parvient en alliant l'héritage colonial aux traditions claniques à se doter d'institutions démocratiques. Le 31 mai 2001, la population entérine à 97% la nouvelle Constitution approfondissant le statut de République de Somaliland. Initiative & Referendum Institute, une organisation américaine promouvant la démocratie, a rapporté avoir été « impressionné » par la transparence du scrutin, et a félicité le pouvoir somali « dans ses efforts pour établir une démocratie forte sur le continent africain ».


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      Aujourd'hui, le pays de 137 600 km², compte 3 500 000 habitants. Il dispose de son armée, sa monnaie, son passeport. Il ne faut toutefois pas idéaliser la situation. En Somaliland, seul trois partis sont autorisés. Il y a l'Udub, le parti du fondateur de la République, aujourd'hui dirigé par Riyale Kahin. Face à lui, l'opposition est rassemblée dans le Kulmiye, menée par Ahmed Mohamed Silanyo. Au milieu se trouve le petit parti de Fayçal Ali Warabe : l'Ucid. Par ailleurs, la corruption, principal fléau, gangrène le pays.


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      Le 26 juin 2010, des éléctions offrirent le pouvoir à Silanyo, qui rassembla 49% des voix. Face à lui, Kahin, au pouvoir depuis mais 2002, en a récolté 33%, et Warabe 17%. L'appel aux urnes se fit sans heurts et la participation fut estimé à 88%. Le président sortant a cédé sa place à son historique opposant. Comme de nombreux pays, le Somaliland est touché par le clientélisme et le népotisme. Cependant, la presse bénéficie d'une réelle liberté de parole et la société civile reste attentive. La justice jouit d'une entière indépendance.


New-President-Ahmed-Mohamud-Silanyo.jpgAhmed Mohamud Silanyo


      Sur le plan économique, le Somaliland a vu ces vingt dernières années se développer sur son sol des entreprises privées de télécomunication, d'éléctricité, de sociétés aériennes... Les terres possèdent des ressources minières et pétrolières. L'Etat fonctionne avec les taxes imposées au dynamique port de Berbera, réinvestissant dans son Université et ses hopitaux. De plus, l'armée bénéficie de programmes d'assistance militaire américain.

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Edna Adan Ismaïl, ministre de la Santé de 2003 à 2006, devant les fondations d'une maternité à Hargeisa.


      La Corne de l'Afrique est incontestablement une poudrière. Les mouvances islamistes et extremistes pululent en Somalie. Néanmoins, le Somaliland est parvenu à rester à l'écart de toutes ces violences. Paradoxalement, la communauté internationale refuse toujours de reconnaître ce pays, qualifié par de nombreux observateurs d' « ilot de paix et de démocratie ». Elle le comprend au sein de la Somalie, donc rattaché au Gouvernement fédéral somalien dit "de Transition", au pouvoir depuis 2004, dirigé par Sharif Ahmed. Ce-dernier, reconnu internationalement, contrôle deux à trois quartiers de Mogadiscio, la capitale. A plusieurs reprises, les présidents somalis ont écrit aux Nations Unies. L'US Committee for Refugees clame depuis un certain nombre d'années le danger« de continuer à ignorer une chance en or de renforcer la démocratie et la stabilité dans la paisible province du Somaliland ».


      Cependant, bien que le Somaliland soit un pays stable, il reste dans une zone de tensions et en subit les effets collatéraux. En 2003, une vague d'assassinats, perpétrés par des tireurs non identifiés, toucha des étrangers. En 2008, c'est une série d'attentats qui frappa la capitale, Hargeisa. Le palais présidentiel, les bureaux du Programme des Nations unies pour le Développement, qui sert de siège pour d'autres agences de l'ONU sur place, et la représentation diplomatique d'Ethiopie, ont été visé. Lors des dernières éléctions, l'Etat a pris la décision de fermer ses frontières afin d'éviter tout incident.


Hargeisacitycentre.jpgVue nocturne du centre-ville de Hargeisa


      L'article de Gérard Prunier du Monde Diplo, conclut en se demandant si le Somaliland parviendra un jour à émerger sur la scène internationale. La réponse, négative, s'explique par le nombre croissant d'opposants au territoire du Nord : nostaliogique de la « Grande Somalie », islamistes radicaux, conservateurs. De nombreux diplomates émettent également l'hypotèse selon laquelle une reconnaissance du Somaliland aggraveraient l'antagonisme régional pour le pays.


     M.Prunier termine en imaginant un statut intermédiaire, permettant au pays de percevoir des aides internationales et des avantages commerciaux.

Publié dans Afrique

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