Les attaques contre les « sans » ou la criminalisation de la pauvreté

Publié le par Jacques Michaël

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Sans domiciles fixes, sans-abris, sans-papiers... Au-delà de l'aspect « habituel » de stigmatisation des populations les plus précaires, on note une politique volontaire du gouvernement pour réprimer les actions de celles-ci et remettre en cause les aides aux personnes en grande difficulté. Et le vote de deux lois relatives à la « sécurité intérieure » et à l'immigration ne va pas arranger les choses.

 

Les sans-abris sont les premiers touchés par cette répression. L'exemple des familles de la Courneuve en Seine-Saint-Denis, expulsées de leur logement le 21 juillet dernier et brutalisées par les forces de police (en particulier femmes et enfants) est révélateur du climat actuel. La trêve hivernale marque depuis le 1er novembre et ce jusqu'au 15 mars l'interdiction des expulsions. Cependant, celles-ci ont vu leur nombre augmenter les dernières semaines précédant la trêve selon la Fondation Abbé Pierre, comme pour anticiper sur les mois qui suivent. Avec l'arrivée de l'hiver et le retour des grands froids, c'est un nombre important de personnes qui est mis en danger dans toute la France, faute de logement et de situation décents. Alors que des habitations restent vides et inutilisées, on viole le droit fondamental au logement sous prétexte d'illégalité. Et la spéculation immobilière continue...

Les sans-papiers, en grève depuis des mois, se voient toujours refuser leur régularisation pour la majorité d'entre eux, alors qu'ils sont souvent exploités par leurs patrons et ne peuvent faire valoir leurs droits en tant que travailleurs. A côté de ça, la peur de l'arrestation, du centre de rétention administrative et de l'expulsion est omniprésente.

La question des Roms est aussi révélatrice: beaucoup de communes sont encore dans l'illégalité en n'ayant pas aménagé de terrain d'accueil, alors que ce sont ces populations que le gouvernement accuse de fraude. Dans le même temps, ils sont expulsés vers l'est de l'Europe, alors qu'ils y sont discriminés et persécutés. La liberté de circulation au sein de l'Union européenne est censée être garantie, mais les « nomades » ne sont pas considérés comme citoyens en tant que tel.

 

Deux lois relatives à cette question sont appliquées ou en cours d'application et risquent d'aggraver la situation.

Tout d'abord, la loi Loppsi 2 donne, entre autres, le droit à la préfecture de décider de l'évacuation d'un lieu squatté, qui était auparavant du ressort d'un juge. Permettant des recours et des ralentissements de procédure, cela est dorénavant impossible.

Ensuite, la loi Besson pose une durcissement général des conditions de séjour de celles et ceux en situation « irrégulière », dans l'optique d'une immigration choisie accrue.

Aussi, la déchéance de la nationalité dans les cas de délits, etc., pour celles et ceux concerné-e-s est à nouveau évoqué dans le débat politique...

Ces lois liberticides ne se placent dans la continuité de la politique sécuritaire et xénophobe d'un gouvernement qui ne se cache plus, mais elle est de plus en plus répressive. Car pour lui, il convient de dénoncer systématiquement ces personnes, dans une démarche de division. On dresse les personnes les unes contre les autres en créant de bon-ne-s « citoyen-ne -s », à opposer aux « dissident-e-s » fauteurs/ses de troubles.

 

Mais les concerné-e-s ne restent pas passifs/ves. C'est toute une dynamique de lutte et de solidarité qui se met en place depuis un moment déjà, et les collectifs d'action et de soutien naissent un peu partout pour palier à l'abandon de l'Etat. Les organisations (associations de lutte contre la pauvreté et la précarité, Droit Au Logement, collectif Uni-e-s Contre une Immigration Jetable, Réseau Education Sans Frontières...) font un travail de terrain pour à présent amplifier un mouvement global de protestation déjà à la hauteur des attaques.

L'exemple de Nancy sur la question des sans-abris est révélateur à une échelle plus locale de la situation nationale: l'hébergement d'urgence n'est plus assuré pour toutes et tous (SDF, demandeurs/euses d'asile, femmes victimes de violences conjugales...), car le point d'accueil d'urgence ARS n'a plus les moyens financiers pour leur prise en charge. En effet, le gouvernement a versé trois millions d'euros d'aide à l'hébergement d'urgence pour toute la Lorraine. C'est moins que ce que la ville de Nancy n'en dépense en un an, alors que Metz en dépense deux fois plus... L'Etat coupe les aides, alors qu'elles sont fondamentales pour beaucoup. Quant à la municipalité, elle préfère argumenter en affirmant que ce n'est pas de sa faute, que c'est de l'engagement de l'Etat que ces aides relèvent; mais ce sont ces mêmes élus qui soutiennent la majorité présidentielle en place.

Pour autant, les personnes directement concernées ne baissent pas les bras. En effet, un Collectif urgence sans-abris vient d'être créé (urgence.sans.abri.nancy@gmail.com), ce qui permet la mise en place progressive d'une coordination des luttes et d'une solidarité à notre échelle pour aider celles et ceux qui sont directement victimes, dans une perspective d'auto-organisation.

 

Cette répression tous azimuts envers les « sans-voix » n'est qu'une conséquence logique, ancrée historiquement, d'un Etat coercitif au service du système capitaliste, créateur de misère depuis son avènement. Délégitimé par les scandales financiers en tout genre, le gouvernement tente de faire oublier les injustices sociales et économiques en désignant des responsables qui ne sont eux/elles-même que des victimes et non pas la cause du problème. Les vrais coupables ne seront jamais inquiétés par la justice ou dénoncés par les grands médias. Il convient donc de changer la donne à la base et de s'organiser collectivement pour reprendre nos vies et nos quartiers en mains.

 

(novembre 2010 - actualisé)

Publié dans Europe

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Oriane 01/03/2011 07:51


Un parallèle avec la politique de Merkel en Allemagne, dénoncée dans le dernier Walraff "Les perdants du meilleur des mondes" (un chapitre d'enquête consacré aux SDF, qui montre bien comment on les
exploite en pseudo centres de réinsertion et comment on leur coupe les aides sociales auxquelles ils ont droit. )