Les Tea Parties, l'extrême droite américaine

Publié le par Thomas

      Vous avez surement dû voir ces images d'américains défilant dans les rues arborant des pancartes faisant clairement le lien entre Obama et Hitler, ou accusant d'Obama de socialisme, voire de communisme ! Ce mouvement, qui se nomme Tea Party, prend de plus en plus d'ampleur aux États-Unis, si bien qu'il est légitime de s'interroger si nous n'assistons pas à la naissance d'une troisième force politique américaine. En effet, assimiler les Tea Parties au Parti Républicain serait erroné. Ce phénomène est plus complexe, et pour le comprendre, il faut plonger dans l'Amérique profonde, l'Amérique ultra-conservatrice.


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La source du Tea Party Movement


     Non, le Tea Party Movement n'est pas né sur des ruines. Il est une conséquence de l'évolution du conservatisme américain depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Ce que l'on appelle néo-conservatisme est né durant les années 1950 avec le retour des républicains au pouvoir, par le biais d'Eisenhower. Bien qu'il n'ait que peu d'influence à cette époque, son apparition est importante car il symbolise le retour d'idéaux qui furent malmenées durant plus de vingt ans par la popularité des quatre mandats du démocrate Franklin Delano Roosevelt. Ce nouveau conservatisme a réellement pris ses marques durant les années 1970, marquées par la reconquête de l'électorat sudiste par les conservateurs et la montée de plus en plus pesante des États de l'Ouest. Richard Nixon, le président républicain de cette période n'incarne pas encore véritablement le néo-conservatisme. Pour voir concrètement ce-dernier arriver à Washington, il faut attendre les années 1980 et l'apparition de médias puissants défenseur de la cause conservatrice. Toutes ces évolutions débouchèrent sur l'élection en 1980 du républicain Ronald Reagan.


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     Tout cela semble encore flou, c'est pourquoi il est important de décortiquer le néo-conservatisme.

Il se caractérise par trois courants aux frontières plus ou moins souples. D'abord, le conservatisme fiscal. Il prône la libre entreprise, et est hostile à toute intervention étatique et à tout impôt. Cette branche obtiendra par le lobbying des réductions massives d'impôts sous les gouvernances de Reagan et de Georges W.Bush. Ils sont aussi à l'origine du projet Flat Tax, prévoyant une taxe forfaitaire unique, au lieu de l'impôt progressif. Ce courant est représenté par Dick Armey, sénateur texan et meneur du mouvement Freedom Works , et Newt Gingrich, leader de la « révolution républicaine » à la Chambre des Représentants en 1995.

     Ensuite, il y a le conservatisme social. Les revendications sont simples et sans appel : non à l'avortement et au mariage gay, oui à la peine de mort et à la prière dans les écoles. Ils se mobilisent sur des questions qui ont attrait à la religion et à la société. Représenté par des individus comme Jerry Falwell, Pat Robertson ou James Dobson; et par des mouvements comme Focus on the Family . Ils s'inquiètent du développement de la violence et de la pornographie chez les jeunes, et certains vont même jusqu'à refuser que leurs enfants aillent dans des écoles publiques où on y enseignent « les mensonges sur l'origine du monde ».

     Enfin, il y a le conservatisme dit « patriotique militariste ». Menée par Barry Goldwater qui fut un opposant farouche et virulent à la reconnaissance des droits civiques pour les noirs. Cette frange milite pour le droit de chaque État à conduire sa propre politique. Anti-communiste, il prône des investissements massifs dans le domaine industrio-militaire, ce qui fut appliqué avec Reagan. Il développe une vision conquérante des États-Unis, force défendant le bien devant chercher par tous les moyens à s'étendre, si besoin par l'usage militaire. Ils ont toujours proné les bienfaits d'une invasion de l'Irak, afin de « leur apprendre la démocratie ».


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     L'attaque du 11 septembre cristallisa ces trois mouvements. En effet, l'Amérique du bien a été attaquée par « l'islamo-fascisme ». Par ailleurs, un quatrième courant s'est développé durant les années 1990, prenant son importance sous l'ère de Georges W.Bush : l'anti-écologisme. Pour eux, les ressources naturelles sont inépuisables, le pacte de Kyoto ne vise qu'à limiter la puissance américaine, et il est indispensable pour les États-Unis de maintenir sa dépendance énergétique. Ils appellent concrètement à la conquête des ressources énergétiques pour les exploiter et assurer la « grandeur » de la nation américaine.


Définition et émergence du Tea Party Movement


     A défaut d'être divisé en branche, le Tea Party Movement rassemble ces quatre courants derrière une même bannière.

     Pourquoi Tea Party ? Le nom fait référence à la Boston Tea Party, qui se déroula en 1773, marquant le début de la révolte des américains pour leur indépendance. Depuis 1765, la Grande-Bretagne imposait des taxes sur ses treize colonies implantées sur le Nouveau-Monde. La colère était réelle, d'autant plus que les habitants des colonies n'avaient aucun représentant au Parlement de Westminster. Des problèmes de trésorerie poussèrent le roi George III à augmenter fortement les taxes commerciales, notamment sur le thé. John Hancock appela à un boycott dans les colonies sur le thé importé de Chine par la Compagnie des Indes Orientales. Le boycott fut tel que la compagnie se trouva rapidement endettée, et obtenue le droit d'être exempte de taxes, pouvant ainsi vendre son thé à un prix défiant toute concurrence. Progressivement, les marchands indépendants américains firent faillite. Ils décidèrent d'empêcher le thé de la compagnie d'être déchargé dans le port de Boston. Avec l'aide de l'armée, le thé arriva toutefois à bon port. Le 16 décembre 1773, soixante bostoniens, les Fils de la liberté, jetèrent 342 caisses de thé de la compagnie à l'eau, marquant le début de la guerre d'indépendance pour les États-Unis.


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     Différents facteurs expliquent l'apparition du Tea Party Movement. Indéniablement, il y a la crise économique qui a littéralement mitraillé deux piliers de la société américaine : le travail et la propriété. Une haine s'est également dégagée à l'égard des marchés financiers qu'on a revitalisé avec l'argent des contribuables, laissant une grande partie du peuple au tapis. Par ailleurs, le Tea Party Movement trouble les analystes politiques par le fait qu'il est constitué d'individus provenant de l'ensemble de la société américaine. Ils sont unis par une haine des élites, mais aussi contre Obama. Quasiment exclusivement blancs, les militants des Tea Parties craignent que le blanc devienne minoritaire; et la présidence d'un métisse accroit cette anxiété. Ils pensent être « l'Amérique véritable », celle qui désobéit si son système politique et social est dénaturé.

800px-Gadsden_flag.svg.pngLe  Gadsden Flag : « Ne me marche pas dessus », étendard des libertariens, omniprésent dans le Tea Party Movement


     Le 17 février 2009 est voté l'American Recovery and Reinvstment Act, c'est à dire le plan de renflouement des banques. Rick Santelli, correspondant de CNBC à la Bourse de Chicago, déclare qu'Obama « récompense les mauvais comportements » et invite les citoyens mécontents à se réunir pour une Tea Party à Chicago. Les réseaux s'activent. Twitter, Facebook, les blogs, les radios locales, des grands médias comme Fox News, s'attaquent de façon virulente au gouvernement accusé d'être du côté des banquiers, dénaturant les valeurs américaines. On accuse Obama de socialisme par sa volonté de réguler le marché et les banques. Le 15 avril 2009, jour où les américains doivent remettre leur déclaration d'impôt, des appels à la mobilisation sont lancés à travers tout le pays. Près de 750 rassemblements ont lieu, souvent organisés par des associations, des organisations, des mouvements locaux ou régionaux. On se mobilise contre l'excès des dépenses publiques, contre le plan de relance, mais également contre l'avortement, contre le contrôle du port d'armes. C'est véritablement le peuple ultra-conservateur qui est descendu dans la rue. Certains responsables républicains s'allient à ces mobilisations sans véritablement en chercher la paternité.


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     Ce qui va unifier les contestataires derrière une même bannière, celle du Tea Party, c'est la réforme du système d'assurance-maladie lancé dès l'été 2009 par l'administration Obama. Les opposants du mois d'avril dernier organisèrent des débats autour de ce projet de loi dans différents quartiers, villes. Nombreux reporters, spécialistes, s'alarment déjà par le caractère des propos tenus lors de ces assemblées. On compare Obama à un communiste, voire même à un nazi ! On pense que l'administration va imposer des assurances, va financer l'avortement. Une attaque perpétuelle ressort également, celle de la complicité d'Obama avec Wall Street contre la classe moyenne américaine. Des blogs comme  Instapundit  ou RedStates deviennent les lieux de rendez-vous de la contestation. Il y a également Fox News, conservateur à souhait, qui profite de la situation pour accuser les autres médias d'être aux mains des élites libérales, les accusant de boycotter ces « mouvements populaires pleins de vitalité ». L'idole du Tea Party Movement sur Fox News se nomme Glenn Beck. Ses émissions font de grosses audiences. Il a notamment mis en place un projet nommé « 9/12 » proposant aux « vrais américains » de se réunir autour de 9 valeurs et 12 croyances, telles que les Pères Fondateurs, les victimes du 11 septembre ou encore l'union nationale contre le terrorisme. Il est important de préciser que la référence au 11 septembre et au « danger islamiste »est constante dans le mouvement. L'objectif est de fédérer le peuple américain, comme il l'a été après les attentats de 2001.


 

 

 


     Par ces médias, une grande manifestation est annoncée le 12 septembre à Washington. Les marches dans la capitale américaine sont un symbole. On se souvenient de celle de 1963, pour le travail et la liberté, rassemblant près de 300 000 personnes, et où Martin Luther King prononça son discours I have a dream. On peut aussi évoquer la marche des chômeurs de 1894, les marches pour les lesbiennes, gays et bisexuelles en 1979, 1987 et 1993. Ceci est donc véritablement une tradition américaine pour tout mouvement revendicatif et national.


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     Nommée la TaxPayer March, la marche des contribuables, elle rassembla de 75 000 personnes selon les pompiers, à 2 000 000 selon les organisateurs (le soucis de l'estimation n'est donc pas inhérent à la France). D'autres mobilisations eurent lieu à travers le pays, et les médias n'hésitèrent pas à reprendre le slogan de certains manifestants en les nommant les Tea Parties.


obama-witchdoctor-muck Montage issus d'un forum américain débattant de la réforme de la santé.


     Pour officialiser le mouvement, on organisa à Nashville, dans le Tennessee, la première convention nationale du Tea Party Movement. Du 4 au 6 février 2010, cet événement chercha à fédérer davantage de militants, à obtenir le soutien de personnalités publiques, en étouffant les reproches qui lui ont été faits quant à son opacité financière et à son absence d'organisation directive. Cependant, pour les militants ce mouvement est « constitué d'une multitude d'initiatives locales autonomes, unies par un sentiment commun, mais libres de toute hiérarchie, puisque c'est précisément contre cette mainmise des appareils sur les citoyens américains qu'on s'insurge. » L'objectif primordial est donc de protéger les libertés individuelles des citoyens contre tous les abus du pouvoir.


teapary.jpg Photographie trouvée sur le  blog d'un  habitant de Nashville


     Durant la convention, des personnalités sont apparues comme meneurs du mouvement, voire comme les futurs candidats idéaux. Parmi eux, Sarah Palin, l'ex-candidate à la vice-présidence au côté de John McCain en 2008. En dépit de sa position au sein du Parti Républicain, elle sait se placer en contestataire des forces politiques en dénonçant son « bâillonnement » durant la campagne électorale par l'entourage de John McCain. Elle dit représenter les « citoyens ordinaires », n'étant guidée que par son courage et sa foi. L'idolâtrie autour de Sarah Palin semble incompréhensible pour les européens, or elle incarne véritablement une partie non négligeable de la population américaine.


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La paranoia conspirationniste

     Si les lignes précédentes ne vous ont pas convaincu de la dangerosité de ce mouvement, peut-être que ce qui va suivre va vous convaincre. Pour les militants des Tea Parties, la démocratie américaine n'en a plus pour très longtemps... En effet, prochainement, l'administration Obama ou son successeur va mettre en place un État totalitaire et les citoyens américains seront enfermés dans des camps de concentration ! Cela semble fou, mais pour eux, c'est la cause de leur vie.

     Vous, vous ne le savez pas, mais eux si. Le gouvernement fédéral devient de plus en plus omniprésent. Il existerait apparemment environ 800 camps fédéraux (rien que ça) à travers le pays, prèts à être utilisés comme moyens d'oppression. Lorsque les journalistes interrogent les militants des Tea Parties sur le fait que ces fameuses bases qu'ils désignent comme être des futurs camps de concentration sont simplement des complexes militaires, ils répondent, pleins de bonne foi : "pour le moment."


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     Tout cela serait coordonné par la Federal Emergency Management Agency (FEMA), l'agence américaine pour la sécurité civile. Preuve de la conspiration, les voies ferrées et les pistes d'atterrissage situées aux alentours de ces camps, et les hauts grillages surmontés de barbelés.

     Si vous pensez que je caricature la situation, accrochez-vous. Jack McLamb, un policier de Phoenix à la retraite affirme cette théorie, et il va même jusqu'à avancer que le gouvernement a marqué de points discrets les boites aux lettres des citoyens qui seront emprisonnés. Non non, ce type n'est pas un illuminé, il l'affirme lors de discours où les Tea Parties lui donnent librement la parole.

     Glenn Beck, la star du Tea Party Movement, a même consacré trois de ses émissions à évoquer ces camps FEMA, en expliquant qu'il n'y croyait pas au début, mais qu'il n'a pu détruire la théorie. Cette-dernière se diffusa à travers le pays comme une onde de choc.... Tout serait orchestré par l'administration Obama. Cependant, Glenn Beck a fini par reconnaître récemment qu'il n'existait aucune preuve de l'existence de ces camps, voire d'une telle conspiration. Le malheureux a vu ses audiences chuter, au profit d'Alex Jones et de son émission de radio. Ce-dernier tient depuis 2007 des émissions entièrement consacrées aux conspirations, aux Illuminatis etc... Ils ne cessent d'avertir ses auditeurs du danger qui les menace. Voici sur cette première vidéo le résumé du retournement de veste de Glenn Beck, qui fut accusé par Alex Jones d'avoir été intimidé par les Illuminatis et d'être une « pauvre merde ».


 

 

 

Cette théorie n'existe pas uniquement de l'autre côté de l'Atlantique. Les partisans de la thèse conspirationniste existent aussi en France, où l'on voit les Illuminatis partout. Voici donc cette vidéo sous-titré en français d'une émission d'Alex Jones.


 

 

 


Une troisième force politique ?

     La complexité des Tea Parties réside également dans ses comportements électoraux, qu'il  ne faut pas assimiler au vote républicain. Il y a une volonté de plus en plus nette pour les conservateurs radicaux à trouver des candidats indépendants, loin de toute influence partisane. Les républicains le savaient bien avant l'arrivée d'Obama. La tentative du ticket John McCain – Sarah Palin en est la preuve. McCain fut choisit parcqu'il rassurait l'électorat républicain traditionnel par son statut de héros de guerre, tandis que Sarah Palin représentait une frange plus radicale du conservatisme. Bien qu'elle soit réputée comme peu performante intellectuellement parlant, elle était connue pour ses postions anti-écologistes, ultra-favorable au port d'armes, créationniste... Néanmoins, le franc-parler et les lacunes intellectuelles de Sarah Palin firent du mal à l'équipe de campagne de McCain.


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     La puissance du mouvement est réelle. Pour preuve l'éléction récente de Scott Brown comme sénateur du Massachussets, remplaçant le démocrate Ted Kenedy. La circonscription semblait être réservée aux démocrates. Brown a rencontré les représentants locaux du Tea Party, a fait des promesses, des concessions, et a pu ainsi s'appuyer sur un important réseau militant. Il fut élu le 19 janvier 2010, à la surprise générale.


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     Le Tea Party Movement ne cesse de progresser aux États-Unis, dû notamment à sa présence massive sur le web. La blogosphère américaine est envahit chaque jour de nouveaux blogueurs décidant de prendre la plume (ou plutôt le clavier) pour dénoncer l'establishment. Néanmoins, sa faiblesse réside dans son absence de fédération. Rien qu'en Floride, on dénombre près de 80 Tea Parties différentes. La convention de Nashville, bien qu'elle ait attiré davantage de militants, n'a pas réellement fédéré l'ensemble du Tea Party Movement. Les Tea Party Patriots (Chicago) et les Tea Party Express (Califorinie) n'y ont pas participé. Par ailleurs, on ne sait pas véritablement quelle attitude ce mouvement adoptera vis-à-vis du Parti Républicain. Bien que pour un grand nombre de militants l'indépendance est fondamentale, d'autres comme Sarah Palin appellent de plus en plus les Tea Parties à devenir des Think Tanks républicains, et à travailler main dans la main avec le parti pour pouvoir remporter les élections de 2012.


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A lire obligatoirement pour en savoir plus, source précieuse pour cet article : Au coeur de l'Amérique ? Le mouvement des Tea Parties, dossier fait par Anne-Lorraine Bujon de l'Estang.

 

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Publié dans Amérique du Nord

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