Lettre à M.Weill-Raynal, rédacteur en chef adjoint de France 3

Publié le par Thomas Vescovi

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Bonjour.


     Le 28 novembre 2011, dans les locaux de Science-Po Nancy, s’est tenue une conférence de M.Clément Weill-Raynal, organisée par l’Association France-Israël et la Communauté Juive de Nancy notamment, intitulée Quelles réponses à la Désinformation ? Le conférencier fut présenté en tant que Rédacteur en chef adjoint de France 3, puis comme « soutien à Israël ».
      M. Weill-Raynal s’est en grande partie focalisé sur l’information autour du conflit israélo-palestinien, présentant sa théorie selon laquelle les journalistes français ont une tendance à être pro-palestiniens, du moins à présenter l’Etat d’Israël comme l’agresseur.
     Le débat contradictoire ne me dérange en aucun cas, au contraire, à condition qu’il porte sur les faits et respecte un minimum d'éthique. Parmi les différentes démonstrations de M. Weill-Raynal, puis ses réponses aux questions du public, j’ai pu relever un certain nombre de propos, notamment : « Il n’y a pas de crise humanitaire à Gaza », « le conflit israélo-palestinien est un conflit identitaire », « Israel est le pays du peuple juif », « les colonies, si on les considère comme telles, ne sont que des implantations en territoire disputés », « les colons expulsés de Gaza ne furent pas relogés en Cisjordanie ». Puis, M. Weill-Raynal a expliqué à demi-mot que les travaux de Shlomo Sand n’étaient que des conversations d’historiens de salons, mais aussi que les Palestiniens n’avaient aucun droit sur Jérusalem.
      Chacun est libre de ses propos. Toutefois, en tant qu'étudiant en double parcours, Histoire et Journalisme, il me semble avoir appris que " Le journalisme consiste à rechercher, vérifier, situer dans son contexte, hiérarchiser, mettre en forme, commenter et publier une information de qualité ; il ne peut se confondre avec la communication " (Charte d'éthique professionnelle du Syndicat National des Journalistes). Mais aussi que "Le droit du public à une information de qualité, complète, libre, indépendante et pluraliste, rappelé dans la Déclaration des droits de l’homme et la Constitution française, guide le journaliste dans l’exercice de sa mission ".

      Chaque semaine, nos enseignants nous rappellent que la manière dont on traite l'information, doit tendre vers l'objectivité la plus totale. Je fus donc très surpris d'entendre M. Weill-Raynal prononcer un exposé de la sorte, remettant en cause les résolutions de l'Organisation des Nations unies, qui s'appuient sur le droit International, essence même de la paix au Proche-Orient. En fermant les yeux, je pouvais aisément me croire à un meeting de soutien au gouvernement israélien.

      Que M. Weill-Raynal souhaite faire une conférence sur ce sujet, cela ne me regarde pas, et j'accepterai volontiers le débat. Néanmoins, il est et fut présenté en tant que rédacteur en chef adjoint de France 3, chaîne nationale publique ! Ce type d'intervention sous le nom de votre média remet profondément en cause l'éthique de cette dernière. Il apparaît fondamental que vous vous en désolidarisiez ou que vous clarifiez votre position face à de tels propos.

      Comment puis-je croire désormais en l'objectivité de votre information ? Je ne pense pas être le seul à poser ces questions: même les journalistes de France 3, si je suis bien informé, se sont étonnés qu'un de leurs collègues puisse confondre sa casquette de journaliste du service public et celle de propagandiste attitré non seulement d'Israël, mais de son actuel gouvernement de droite et d'extrême droite*.

Cordialement,
Thomas Vescovi


* Je vous joins, ci-dessous, un lien vers le quotidien Haaretz où furent publiées les réflexions de l'ancien ambassadeur d'Israël en France. Sans doute Clément Weill-Raynal les estimerait "antisémites"?

Former Israeli ambassador speaks his mind about his boss, Avigdor Lieberman

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