Raid israelien : après l'hystérie médiatique, un tri s'impose, et des questions s'érigent

Publié le par Vescovi Thomas

     Le raid israélien sur la flottille de la liberté a, sans aucun doute, ouvert des portes. En France tous les médias en ont parlé, avec plus ou moins de pertinence. Cela a suffit pour voir émerger sur certains sites pro-israélien des dénonciations d'un lobby pro-palestinien dans nos médias... On aura donc tout entendu ! Après la réelle hystérie médiatique qui a suivis, il est important désormais de savoir délier le vrai du faux, de rétablir des vérités, mais surtout, de s'interroger.

 

 

 

     Un premier élément est important a signaler. La Turquie, tout comme la Grèce, avait avant le départ du convoi vérifier le contenu de l'aide humanitaire de ses trois bateaux. Les autorités turcs ont également listé les participants de son État à l'expédition. Ces informations ont été communiqué à Israël. Les médias turcs n'ont cessé de répéter cet élément, tandis qu'en France, si ma mémoire est bonne, seul Frédéric Taddei, durant son émission Ce soir ou Jamais du mardi 1 juin, a mis en avant ce fait. Certes, il n'y avait pas que trois bateaux, néanmoins, celui où les forces israéliennes ont fait feu, était un bateau turc.

 

 

 

     Vous souvenez-vous de cette période où les pirates somaliens faisaient la Une des journaux ?

Ils osaient attaquer des bateaux dans les eaux internationales. Israël a fait exactement la même chose. L'attaque eut lieu à environ 150 km des côtes israéliennes, donc en dehors des eaux territoriales. Nous avons donc à faire à un acte de piraterie, comme l'a précisé le vice-premier ministre turc Bülent Arınç. Israël n'avait aucun droit sur ces bateaux dans ces eaux. Par ailleurs, la flottille avait un objectif pacifique et humanitaire, donc le simple fait d'oser ouvrir le feu à son égard est condamnable !

     Me Gilles Devers, avocat au bureau de Lyon, évoque ainsi dans un article publié sur le Réseau Voltaire, différents faits qui font qu'Israël est un État hors-la-loi. La convention sur le droit de la mer de Montego Bay, datant de 1982, garantie la liberté de circulation en haute-mer. L'art. 88 proclame que « La haute mer est affectée à des fins pacifiques », et l'art.89 qu'« Aucun État ne peut légitimement prétendre soumettre une partie quelconque de la haute mer à sa souveraineté. » Signalons qu'Israël n'a jamais ratifié cette convention, cependant elle a une valeur coutumière pour tout État usant d'une force militaire dans les eaux internationales. Comment donc ne pas être scandalisé en entendant certains médias ou dirigeants tenter de légitimer les faits en expliquant que le convoi n'a pas obéi aux injonctions des forces israéliennes ? Israël n'a aucun droit, aucune souveraineté dans les eaux internationales !

 

 

 

      Par ailleurs, n'ayons pas peur des mots ! L'analyse de Me Devers est également intéressante dans le sens où il explique qu'une attaque de la sorte dans les eaux internationales fait état de crime de guerre. A partir de là, commencer à réfléchir d'une quelconque enquête pour définir les crimes commis avant même de prendre des mesures, est une insulte infâme pour les victimes et leurs familles. D'autant plus lorsque Catherine Ashton, haut représentant de l'Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, et Hillary Clinton, Secrétaire d'État des États-Unis, proposent que se soit Israël qui dirige l'enquête. L'Occident justifie le caractère démocratique d'Israël, notamment, par l'indépendance de sa justice; or, celle-ci ne reconnaît pas, n'accepte pas l'application de la justice internationale. Elle n'a donc aucun fondement. Combien d'États du Tiers-Monde sont jugés comme dictatoriaux, comme des « États voyous », parcque leur justice n'appliquent pas les règles internationales ?

     Actuellement, les yeux sont rivés vers la Palestine, il est donc important de battre le fer tant qu'il est encore chaud ! Les revendications sont nombreuses, à un tel point qu'on peut s'y perdre. Pour en revenir à l'analyse de Me Devers, celui-ci énonce qu'Israël a commis « une violation, à un niveau jamais atteint, du droit international. En droit international humanitaire, l’occupation est acceptée comme une situation temporaire, le temps nécessaire à la recherche de la paix. Mais, rien en droit ne peut justifier une occupation de plus de 43 ans, sauf la volonté de laminer l’adversaire. » En effet, la IV Convention de Genève implique l'obligation pour une nation dite « occupante » de protéger la population civile. Sur ce point, entre le blocus de Gaza, l'attaque Plomb Durci, les colonisations en Cisjordanie... J'avoue connaître mieux pour défendre la population civile. Par ailleurs, l'annexion de territoire et de richesse par la force, incrimine l'État Hébreu de crime contre l'humanité.

 

 

 

     A présent, évoquons l'attaque. On aura tout entendu. Pour certains, les occupants du bateau étaient des « pro-palestiniens », des « activistes », des « militants », voire pour les plus diffamateur des « terroristes ». On ne peut nier que certains étaient des militants de la cause palestinienne. Cependant, il y avait aussi des artistes, des députés, des représentants politique, des humanitaires, du personnel médical... Benjamin Netanyahu, premier ministre israélien, a osé dire que « ce n'était pas un bateau de paix, ces gens soutiennent le terrorisme violent. » Des propos tout simplement abjectes. .

      Certains médias osent parler de légitime défense de la part de l'armée israélienne. Les témoignages ont démenti tout tirs venant d'un des bateaux, comme l'avait indiqué dans un premier temps Tsahal. L'Humanité titrait en première page le mercredi 2 juin, le témoignage de cinq allemands, dont deux députés de Die Linke, qui étaient présent sur le Mavi Marmara, le bateau turc où eut lieu l'assaut. Ils expliquent que sur les bateaux, personne n'étaient armés. Norman Paeche, ex-député allemand, explique avoir « vu quelques militants réagir en se saisissant de bâtons de bois lorsque les soldats israéliens sont montés à bord, mais ils n'avaient même pas un couteau, même pas une barre de fer à opposer. » Rappelons que les commandos israéliens sont descendus par le biais d'une corde sur le pont des bateaux, sans aucune volonté pacifique, comme le démontre le témoignage qui suit.

 

 

 

     Haneen Zoabi, député israélienne du parti arabe Balad, était présente sur le Mavi Marmara. Elle a déclaré dès sa libération que l'armée israélienne n'a rien fait pour empêcher qu'il y ait des victimes, car ils voulaient dissuader quiconque de tenter de forcer le blocus. Elle était sur le pont du bateau lorsque le raid débuta, tentant d'éviter le pire en interpellant l'armée israélienne par le biais d'un mégaphone. Elle explique que les commandos ont tiré à balles réelles sur les navires avant de monter à bord. La député a donc tenté de s'adresser à eux en hébreu via un haut-parleur pour leur demander de cesser le feu, les passagers n'étant pas armés. Elle dément également la présence de barre de fer, et à condamner fermement la « barbarie » de Tsahal. Courageuse, la députée a réitéré ses propos à la Knesset, parlement israélien, provoquant la bronca de l'assemblé. Elle s'est notamment fait insultée de « traitresse », tandis que d'autres lui ont dit d'aller vivre « à Gaza. »

 

 

 

     Il est important de souligner que les médias français n'ont quasiment pas évoqué cette député israélienne. Par ailleurs, comme le précisait Michel Collon, l'attitude des médias fut également honteuse. A défaut de tenter par tous les moyens d'obtenir des informations des victimes, nombreux journalistes se sont satisfaits des explications données par l'armée israélienne, diffusant ainsi des données erronées sur les victimes. Je dois admettre que cela me dérange fortement de devoir détailler ainsi l'attaque. En effet, déjà à la base, le raid est illégal, les méthodes le sont d'autant plus, donc rien ne devrait légitimer un tel débat sur les sois-disant armes dont disposaient les victimes. Les victimes avaient la volonté d'acheminer vers Gaza de l'aide humanitarie. Une armée, celle-là même qui est coupable de nombreux crimes, de façon illégale envahit les bateaux pour les empecher d'avancer. Au passage, remarquons que sur de nombreuses vidéos, on voit des blessés sur le pont, alors que les soldats israeliens n'y sont pas encore... Des tirs ont donc eu lieu depuis les bateaux des comandos. A partir de là, il est malheureux d'admettre que les soldats ne pouvaient pas être accueillis à bras ouvert.

 

 

 

     Un autre point est assez flou. Dans un premier temps, on a évoqué la mort de presque vingt personnes. Cette version fut maintenue jusqu'au moment où les forces israéliennes ont déclaré qu'il y avait 9 victimes. Une chaine télévisée israélienne a d'ailleurs évoqué près de 20 morts, avant de revenir sur ses propos. Le Jeudi 3 juin, l'ONG turc Insani Yardim Vakfi, ou fondation d'assistance humanitaire, a fait savoir que des corps auraient disparus. Dans tous les cas, cela reste un point qui sera éclaircie d'ici peu, mais qu'il y ait eu 9 ou 19 morts, les actes sont tout autant condamnables.

    Non seulement Israël s'est permis, une nouvelle fois, d'agir dans l'impunité général, mais en plus, les occupants des bateaux furent séquestres et contraint à des interrogatoires où d'après de nombreux témoignages, certains ont été « cogné ». Au passage, soulignons le témoignage de notre philosophe bourgeois bohème Bernard Henri-Lévy, qui expliquait dans le journal israélien Haaretz, à propos de Tsahal, n'avoir « jamais vu une armée aussi démocratique, qui se pose tellement de questions morales. » Celui-ci, interrogé sur le raid, a simplement évoqué la stupidité de l'intervention qui allait ternir l'image d'Israël.  D'autres, comme Nicolas Sarkozy, ont déplorer, voire condamner, la "disproportionalité" de l'assaut.... Scandaleux, ils acceptent donc le raid en lui-même.

 

 

 

     On peut s'interroger sur les raisons réelles du raid. Il est difficilement envisageable de penser que Tsahal n'avait pas réfléchit à la situation. Il est clair que les morts auraient pu être évités. La façon dont s'est déroulée l'opération montre une volonté de fermeté, mais en rien une quelconque diplomatie. On peut admettre qu'Israël a commis une erreur, toutefois on peut également s'interroger sur des motivations autre de la part d'une des forces militaires les plus puissantes du monde. D'ailleurs, nombreuses évolutions au Moyen-Orient laissent à penser que nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

     Il est clair qu'Israël accroit son isolement sur la scène internationale. L'État hébreu a également perdu, en partie, l'un de ses plus fidèle allié : la Turquie. En effet, immédiatement après l'assaut, l'ambassadeur turc à Tel-Aviv a été rappelé. Le premier ministre turc, Erdoğan a déclaré que: « cette action est totalement contraire aux principes du droit international, c’est le terrorisme d’un État inhumain. Je m’adresse à ceux qui ont appuyé cette opération, vous appuyez le sang, nous soutenons le droit humanitaire et la paix ». Cependant, il faut rappeler que récemment, une redistribution des cartes dans la région fut amorcée. Une alliance, de plus en plus étroite, se met en place entre la Syrie, l'Iran et la Turquie, soutenue notamment par le Brésil, dans le but d'installer une nouvelle autorité.

 

 

     L'attitude d'Israël reste soumise à de nombreuses interrogations. Depuis un certain temps, Tsahal multiplie les erreurs. L'attaque Plomb Durci et le rapport Goldstone ( Part 1 - Part 2 )  ont fortement entaché l'État hébreu. Évoquons également l'assassinat aux Émirats d'un dirigeant du Hamas par le Mossad, dans un amateurisme inqualifiable. Récemment, on a également assisté à la découverte d'un vaste système de copie de passeports falsifiés, appartenant à des occidentaux. Surtout, n'oublions pas le refus persistant d'Israël d'assister à la conférence internationale de suivi du Traité de non-prolifération des armes nucléaires. On peut envisager que tout cela est dû au fait que l'État hébreu sache pertinemment qu'il n'encourra pas ou peu de sanctions internationales. Toutefois, ces actes restent suspects. Précisons au passage que les autorités israéliennes ont également autorisé une manifestation devant le consulat de Turquie, pour célébrer la prise des bateaux.

 

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     A peine 48 heures après le raid sanglant,  Le Figaro évoquait des tirs libanais sur des avions israéliens survolant la frontière pour vérifier qu'aucune arme ne soit transférée vers le territoire libanais, à destination du Hezbollah. Nous avons donc un État, mis au banc des accusés par la scène internationale, montré du doigt par de nombreux médias, et qui à peine 48 heures après, n'hésite pas à violer les frontières d'un pays voisin. Nous savons pertinemment qu'Israël a la volonté de relancer une attaque sur le Liban, voire sur la Bande de Gaza. Il est légitime de se demander si l'État hébreu ne chercherait pas à gagner du temps en provoquant une nouvelle crise. Dominique Vidal, spécialiste du conflit israelo-palestinien, dans une interview publiée sur Investig'Action, insiste sur le fait qu'Israël a toujours agi ainsi : offrir à tout problèmes, « une solution militaire ». Il souligne aussi le fait que la politique israélienne, c'est à dire toujours employer la force, n'est plus vivable à long terme. L'isolement va s'accentuer. Pour éviter cela, il est indispensable de faire des concessions au peuple palestinien... ou de provoquer une nouvelle guerre, au risque que cela se retourne contre Israël.

     Récemment, la Ligue Arabe a annoncé que le blocus de Gaza sera détruit, « par tous les moyens ». Au même moment, Netanyahu persistait à défendre le blocus, sinon, d'après lui, Gaza deviendrait un port iranien. Est-ce nécessaire de rappeler qu'Israel n'a absolument aucun droit sur la Bande de Gaza, si ce n'est celui du plus fort ?

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     On pourrait certes jeter la pierre à Israël durant des pages et des pages, néanmoins, n'oublions pas que le blocus sur la Bande de Gaza a été mis en place avec l'aide égyptienne, qui a accepté de fermer sa frontière. Il a fallu attendre la dénonciation générale du blocus suite au drame de la flottille de la liberté, pour que le président égyptien, Hosni Moubarak, décide d'ouvrir la frontière à Rafah. Ces mêmes États qui ont jadis fondés l'ONU, aujourd'hui la méprise. La Haut commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme, Navi Pillay, a déclaré que l’opération israélienne ne pouvait avoir aucune justification juridique. L'Union Européenne se targue d'avoir à plusieurs reprises demandé à l'État israélien de se conformer aux règles internationales. D'une part, cela n'a jamais eu de conséquence; d'autres part on a récompensé Israël en l'acceptant à l'Organisation pour la Coopération et le Développement Économique (OCDE), lui permettant ainsi de disposer d'avantages économiques.

 

 

 

     Les puissances de ce monde ont peu réagi face à l'assaut sanglant. Nous avons tous entendu François Fillon, notre premier ministre, réclamer la levée du blocus, tout comme Hillary Clinton. Néanmoins, lors du Conseil de Sécurité de l'ONU qui s'est tenu le mardi 1 juin, 13 délégations ont dénoncé les violations du droit international, mais la France et les États-Unis se sont abstenues de toutes sanctions. Aucun argument ne justifie cette décision. Près d'un an après le discours au Caire de Barack Obama, il est clair que s'il s'aligne sur une position modérée face à Israël, il devra voir s'envoler toutes ses ambitions géopolitiques au Proche et Moyen-Orient; indéniablement au profit d'Erdogan ou Ahmadinejad. Certains représentants, médias, n'hésitent pas à dire que des sanctions « envenimeront les choses. » Nos dirigeants se sont-ils gênés pour couper toutes relations avec la Bande de Gaza suite à la victoire démocratique du Hamas ? Se gênent-ils pour se réunir dans le but de sanctionner fortement l'Iran ? Se gênent-ils pour maintenir, en toute illégitimité, l'embargo sur Cuba ? D'autant plus que le premier ministre israelien, Benjamin Netanyahu, a réaffirmé le maintien du blocus sur la bande de Gaza.


     Des sanctions doivent être prises. Des sanctions ciblées visant à faire pression sur l'Etat hébreu, essentiellement à un niveau économique. L'impunité dont jouit l'État israélien est scandaleuse. Nous devons tout de même rester sur nos gardes. Il est probable qu'une levée prochainement du blocus sur Gaza apaise les tensions; mais celle-ci risque également d'éclipser le sort des palestiniens. Après cette victoire, Israël pourra revenir sans crainte sur la scène international. Nos revendications seront alors une nouvelle fois mises de côté, et nous devrons attendre une prochaine attaque ou un prochain raid sanglant pour se faire entendre. D'une même voix, il faut condamner et sanctionner : la colonisation, toutes les violations des traités internationaux, le blocus sur la Bande de Gaza, l'accord d'union entre l'Union Européenne et Israël, la coopération militaro-policière entre la France et Israel.... et l'attaque du 31 mai 2010 sur la Flottille de la liberté. Si enquête il y a, elle doit être menée de manière indépendante, sous la surveillance étroite des Nations-Unies. Comme le souligne Me Devers : « la politique israélienne est un crime, et ce crime doit être jugé. »

 

 

 

     Pour finir, je me permets de copier un extrait d'un article de Michel Collon, où il répond à une question ô combien importante, que pouvons-nous faire ?. « La réponse est simple : en tout premier lieu, gagner la bataille de l’information en discutant le plus possible autour de soi (entreprise, école, quartier, amis…) et le mieux possible : c’est-à-dire en ayant les connaissances concrètes pour réfuter tous les mythes et les médiamensonges, et avec une méthode intelligente et efficace pour combattre les préjugés, lever les tabous, instaurer un véritable débat démocratique et citoyen. »

 

 

Pour plus d'infos :

Pourquoi Israel a-t-il attaqué des civils en Méditerranée  -  Réseau Voltaire

Israel, l'impunité jusqu'à quand ?  -  Nouvelles d'Orient

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