Vers une guerre préventive contre l'Iran ?

Publié le par Vescovi Thomas

     Sommes-nous à la veille d'un nouveau conflit armé ? Certains signes laissent à y penser. L'Iran a toujours su focaliser les regards sur son territoire. La prise d'otage de l'ambassade américaine à Téhéran en 1979, la guerre Iran-Irak de septembre 1980 à aout 1988, un soutien financier sans faille au Hezbollah, et surtout son président : Mahmoud Ahmadinejad. Depuis la réélection mouvementée de ce-dernier en 2009, le poids qui pèse sur le gouvernement iranien semble avoir doublé. Il y a cette impression perpétuelle que les États-Unis, au chevet d'Israël, n'attendent qu'un faux pas, qu'un seul acte déplacé, pour mener une offensive militaire contre l'Iran. Il faut néanmoins savoir prendre du recul, et mettre en perspective tous les acteurs de l'échiquier politique mondial, car une guerre prochaine contre l'Iran aura de multiples conséquences.


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      Mercredi 9 juin, au soir, on apprend que le Conseil de Sécurité de l'ONU vient de voter une nouvelle série de sanctions à l'encontre de l'Iran. La République islamique refuse d'interrompre son programme d'enrichissement d'uranium. En réalité, le problème est bien plus complexe. On accuse l'Iran de vouloir se doter du nucléaire à titre militaire, et donc de ne pas respecter les accords du Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP), dont l'Iran est signataire. Or, Ahmadinejad affirme sans relâche le but civil de son programme, sans toutefois laisser les sites libres d'accés aux agents de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA). Cependant, il y a derrière tout cela une caricature pourtant assez proche de la réalité : et si finalement, l'Occident et les États-Unis en tête, s'inquiétaient simplement de voir le « camp adversaire » posséder l'arme nucléaire. Dans tous les cas, par rapport à ces fameuses sanctions, contrairement à ce que répètent constamment la France et les États-Unis à propos d'un « consensus de la communauté internationale », il n'en est rien. Ces sanctions divisent, et la première puissance mondiale semble continuer sa politique aventuriste, sa fuite en avant.


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      Les nouvelles sanctions empêchent l'Iran d'investir dans certaines activités jugées sensibles, comme les mines d'uranium. Les navires iraniens pourront être à tout moment contrôlés dans les eaux internationales, et huit nouveaux types d'armements lourds lui sont strictement interdits. Les trois dernières séries de sanctions avaient été ignorées par les dirigeants iraniens. Pour celles-ci, Ahmadinejad a déclaré qu'elles ne « valaient pas un sou. » Sur les quinze États composant le Conseil de Sécurité, deux ont voté contre : le Brésil et la Turquie, tandis que le Liban s'est abstenu. Lula a par ailleurs déclaré que les sanctions étaient imposées par « ceux qui croient à la force, et non au dialogue », et que la réunion du Conseil de sécurité « aurait pu servir à discuter du désarmement des pays qui ont des armes atomiques ». Parallèlement, de nombreux États ont décidé de prendre des mesures contre l'Iran. L'Union Européenne a fait cesser ses transferts de technologies vers le pays en question sur le pétrole et le gaz. Face à cela, le vice-président iranien, Ali Ahani, a promis que si l'UE continuait dans cette voie, elle sera confrontée à des « réponses fermes [...] La politique de sanctions envers l'Iran sur son programme nucléaire n'aidera pas à résoudre les conflits mais va entraîner des dommages pour les entreprises européennes. » On tente de nous montrer l'Iran comme une nation refusant toute négociation, mais en réalité, l'Occident ne veut pas négocier, il veut imposer.

 

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Lula (Brésil), Ahmadinejad (Iran) et Erdogan (Turquie)

      Le Brésil et la Turquie ne cessent de travailler à la recherche d'un terrain d'entente entre l'Iran et l'AIEA. Le 9 mai dernier déjà, un sommet avait eut lieu à Doha (Qatar), réunissant la Syrie, le Qatar et la Turquie. Dans un communiqué, le ministre turc des affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a déclaré faire « tout ce qui est possible pour bâtir la confiance entre l’Iran et les États-Unis et entre l’Iran et l’Occident pour éviter un affrontement militaire et d’éventuelles sanctions ». Ces États, opposés aux sanctions, ne sont pas complaisant vis-à-vis d'Ahmadinejad, qu'ils somment d'être plus transparent sur son programme. L'Iran avait alors accepté d'ouvrir de nouvelles négociations, un nouveau dialogue, mais sur des bases fixées par le Brésil et la Turquie. Dans les propositions acceptées par Téhéran, on retrouve celle de voir le combustible nucléaire faiblement enrichi transiter vers la Turquie, et non vers la France ou la Russie comme l'AIEA le demandait, pour revenir, enrichi, vers l'Iran. Le 26 mai, le Brésil, la Turquie et l'Iran avaient signé un accord nucléaire, que les États-Unis ont simplement balayé.


 

 

 

     Dans tous les cas, des sanctions ont été votées. On sait dès à présent que l'Iran ne les respectera pas. Il est important de souligner le cynisme de l'Occident dans ces sanctions. Israël, détenteur de l'arme nucléaire, n'a jamais accepté de ratifier le TNP. Pour ses actes inqualifiables à Gaza et en Cisjordanie, Israël n'a jamais été sanctionné. Le deux poids deux mesures est flagrant. Et c'est à partir de tels faits que naissent toutes sortes de théorie du complot. La politique adoptée par l'axe américano-sioniste vis-à-vis de l'Iran est douteuse. D'une part, parce qu'ils agissent « entre eux » sans écouter les conseils et les rapports d'États diplomatiquement proches de l'Iran. D'autre part, parce qu'ils semblent plus que jamais déterminé à attaquer l'Iran, comme si leur rêve pouvait enfin être réalisé. Dès le 10 juin, Benjamin Netanyahu, premier ministre israélien, déclarait espérer que cette mesure positive soit « suivie par une action déterminée de la part de pays visant notamment le secteur énergétique de l'Iran. » Sylvan Shalom, vice-premier ministre israélien, affirmait qu'il faille « envisager rapidement d'autres mesures contre l'Iran si ce pays ne [renonçait] pas à ses projets nucléaires. » Israël craint de ne plus être la seule force dissuasive possédant l'arme nucléaire dans la région.


 

 

 

      Une guerre contre l'Iran serait très certainement symbolique. Cette grande nation est aujourd'hui une république vivant au rythme de l'islam chiite. Ahamdinejad est accusé de vouloir rayer Israël de la carte, et il représente, sur la scène internationale, le principal opposant à l'hégémonie américaine. Il n'est donc pas difficile d'imaginer la guerre plus ou moins idéologique qui s'y déroulerait : une armée américano-israélienne, soit en grande partie judéo-chrétienne, attaquant une nation musulmane. Les conséquences seraient terribles. La France, par le biais de l'OTAN, ne resterait très certainement pas à l'écart. La Chine, bien qu'elle ait voté les sanctions, a toujours affirmé ses distances vis-à-vis de la politique américaine. Quelles réactions pour les alliés de l'Iran ? Chavez, le président du Venezuela, n'a pas hésité à réaffirmer son soutien au président iranien après l'annonce des sanctions. Comment réagira également la Ligue Arabe ? La Syrie ? Le Hezbollah ? L'opinion internationale peut également jouer un rôle important. Cependant, l'hystérie qui entoure Obama, le « président cool », laisse présager qu'une partie de l'opinion justifiera cette attaque, si elle a lieu.


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      Ce qui me fait dire qu'une guerre préventive est probable, c'est l'arrivée dernièrement de nouvelles assez inquiétantes en provenance du golfe Persique. Déjà en 2005, Dick Cheney, vice-président américain, annonçait qu'un plan d'urgence avait été mis en place, « au cas où », visant à une attaque aérienne éclaire sur l'Iran. Des rumeurs laissent entendre depuis la réélection d'Ahmadinejad, qu'Israël réfléchirait à une attaque des sites nucléaires de Téhéran. Lorsque l'on voit que l'État hébreu a attaqué en toute impunité une flottille composée majoritairement d'humanitaires, dans les eaux internationales, donc en toute illégalité, on peut facilement dessiner les méthodes qu'emploiera Tsahal contre l'Iran. Ahmadinejad refuse de se soumettre au Conseil de Sécurité, et a évoqué la possibilité d'intervenir militairement si des navires étrangers bloquaient le Golf Persique. A ce titre, le 20 juin, on pouvait apprendre qu'environ douze navires militaires américains et israéliens, rassemblant près de soixante avions de chasse et 6000 soldats, se dirigeaient vers ce lieu. Leur motivation est de contrôler chaque navire se dirigeant vers l'Iran.


 

 

 

      Tout est fait pour qu'un conflit armé soit déclenché. Que viennent faire les troupes israéliennes dans le Golf Persique ? Une nouvelle fois : ce qu'elles veulent. Les États-Unis accusent l'Iran de posséder des missiles pouvant atteindre l'Europe... Surement les mêmes armes que possédait l'Irak. Ahmadinejad joue sur cet isolement pour créer une union nationale et anéantir définitivement le Mouvement Vert qui réclame plus de libertés. Les analystes politiques ont à de nombreuses reprises indiqué aux dirigeants américains qu'une telle attitude vis-à-vis de l'Iran conduirait inlassablement à une guerre, guerre pouvant provoquer par son impact : une troisième guerre mondiale.


Pour plus d'infos :

Dix bonnes raisons de ne pas faire la guerre - The New York Times traduit par Courrier International

Le plan B de la Maison-Blanche - The New-York Times traduit par Courrier International

Consensus International contre l'Iran ? - Blog Nouvelles d'Orient d'Alain Gresh

Le coup de griffe en suspens - Fidel Castro via le Réseau Voltaire


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